Pourquoi suis-je si maladroit.e ?
Qui est Sebastian Dieguez ?
Sebastian Dieguez, après un parcours universitaire, devint « neuropsychologue clinicien, puis chercheur en psychologie et neurosciences cognitives »1. Il est spécialiste du complotisme et des croyances, et transmet ses recherches aux nouvelles générations étant, également, enseignant à « l’université de Fribourg« , en Suisse.
Il rédige quelques chroniques pour la revue Cerveau & Psycho2 et est l’auteur de quelques ouvrages, notamment : « Total Bullshit ! » sorti aux éditions PUF en 2018, « Croiver : Pourquoi la croyance n’est pas ce que l’on croit« , chez Eliott éditions en 2022, ainsi que du livre qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir : « La Force de nos Bugs« .
La Force de nos Bugs
La Force de nos Bugs est un livre de 352 pages, publié chez Humensciences, dans la collection Quoi de neuf en sciences ?, le 17 mai 2023.
Dans cet ouvrage, Sebastian Dieguez se propose de revenir sur certaines idées avancées par Sigmund Freud dans son hypothèse qu’est la psychanalyse3, notamment celles qui sont en lien avec le fonctionnement de notre cerveau, ses lacunes. Le lecteur part, alors, à la découverte de ce que l’auteur appelle : Bugs.
Le résumé en quatrième de couverture permet au lecteur de se faire une idée de ce que l’auteur met derrière le terme de « bugs ». L’ouvrage fait ainsi une sorte de synthèse des avancées de la recherche scientifique en ce qui concerne le fonctionnement de notre cerveau et de nos erreurs. Qu’est-ce qu’un lapsus, pourquoi nous oublions des mots au moment de les dire, pourquoi nous oublions des choses, pourquoi nous avons des sensations de déjà vu ?, etc. Toutes ces choses du quotidien, finalement, ou nous gaffons, nous oublions, surtout en public dans des moments où nous ne devrions pas faire tant d’erreurs. Comment la science explique tout cela ? C’est la question à laquelle tente de répondre cet ouvrage, car, en définitive, ces domaines de recherches sont plutôt récents et certaines explications avancées ne font pas consensus.
Mais si ces bugs révèlent nos faiblesses, l’imperfection de notre cerveau pourquoi indiquer que c’est une force ? L’auteur s’évertue surtout à nous montrer que ces erreurs du quotidien sont le témoignage de notre humanité, de notre faillibilité.
Nous avons tendance à nous moquer lorsque nous sommes témoins de l’erreur de quelqu’un et, a contrario, nous avons tendance à nous sentir mal, voire humiliés lorsqu’il s’agit de nous-même. « L’erreur est humaine » est un proverbe que l’on entend très régulièrement, mais que l’on a, tout de même tendance à oublier souvent. Nul besoin, de ce fait, de surinterpréter nos lapsus, nos oublis, et autres actes manqués, notre cerveau imparfait est seul responsable.
Résumé
La Force de nos Bugs est une découverte, une première approche, du fonctionnement de notre cerveau de manière vulgarisé. C’est-à-dire que cet ouvrage s’adresse à toutes et à tous, qu’on ait quelques bases ou non en ce qui concerne la neuropsychologie, la psychologie et les neurosciences cognitives.
L’ouvrage est divisé en 7 parties : 1- L’étrangeté du quotidien, cette partie permet de découvrir la méthode employée en psychologie, et définit ce qui va suivre dans l’ouvrage ; 2- Quand la langue fourche, revient sur une hypothèse qui a été très développée par Sigmund Freud dans sa psychanalyse, qui est que nos lapsus dévoileraient l’existence de notre inconscient, ainsi que les limites de cette idée ; 3- Le mystère de l’escalator en panne, cette partie s’attache à nous montrer que notre cerveau nous trompe en permanence, qu’il interprète mal certains événements quotidiens ; 4- OK BOOMER !, qui explique le fonctionnement de notre mémoire et sur les raisons de nos oublis qu’ils soient ponctuels ou permanents ; 5- Avez-vous déjà tenté de « scroller » du papier, qui par son titre peut prêter à rire, mais qui témoigne de certains comportements, pensées que nous pouvons avoir : scroller du papier, bâiller quand quelqu’un baille, pourquoi une musique reste dans notre tête, etc. ; 6- Les gaffes : quand les erreurs brouillent le lien social, le titre de cette partie est assez éloquent, à savoir qu’elle s’intéresse aux impacts de nos « bugs » lorsque nous sommes entourés d’autres personnes ; 7- Épilogue : l’éloge de l’erreur, qui conclut l’ouvrage en reprenant les grandes idées qui y ont été développées.
Ces différentes parties peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Le fil conducteur de tous ces thèmes reste, bien entendu, nos bugs et le fonctionnement de notre cerveau, cependant, cette lecture est dense et cette division permet de faire un tri. Rien n’empêche le lecteur de revenir sur ses pas ou d’aller piocher plus loin.
Une importante bibliographie est à la disposition du lecteur et/ou de la lectrice restant un peu sur sa faim ou souhaitant approfondir les différents sujets abordés. Beaucoup de ces ouvrages et articles sont, toutefois, rédigés en anglais.
« Je veux ici plutôt mettre en lumière ce qu’il y a d’amusant, et même d’attendrissant, dans les manifestations les plus communes, les plus simples et les plus ordinaires de nos tempéraments de gaffeurs. »
« Nous pouvons rire de nos erreurs respectives et nous aider les uns les autres à les corriger. »
Mon avis sur ce livre ?
Rien que l’idée de lire un ouvrage sur le fonctionnement de notre cerveau peut être repoussant. Lorsqu’on lit sur la quatrième de couverture que l’ouvrage va traiter de neurosciences, de neuropsychologie et expliquer pourquoi la psychanalyse ne fonctionne pas, on se dit qu’on n’a pas un tel niveau pour comprendre la teneur du livre. Or, tout y est (presque) vulgarisé. On trouve, également, de nombreuses références à la littérature, aux expériences que tout le monde peut vivre ou a vécu, rendant ainsi la connaissance accessible. Et c’est le gros point positif de ce livre.
En revanche, ce qui peut être frustrant, c’est le fait que ces sciences sont jeunes et elles ne peuvent pas tout explorer en même temps. Par moments, le lecteur se trouve face à un mur, lorsque, parlant d’un phénomène psychique, l’auteur répond « je ne sais pas » ou « la science ne sait pas ».
On n’a pas l’habitude de lire ou d’entendre ces mots, dans un monde où on veut une réponse à tout et où on veut donner aux autres une réponse à tout. Pourtant, les sciences apportent souvent cette réponse. C’est la raison pour laquelle certaines personnes vont se tourner vers des personnalités charismatiques, donnant l’impression de tout savoir sur tout, qui peut alors devenir leur gourou…
Bref, ce livre, c’est aussi une belle leçon d’humilité. Apprenons à dire et acceptons d’entendre « Je ne sais pas ».
- DIEGUEZ, Sebastian, La Force de nos Bugs, HumenSciences, 2023, 352 p. ↩︎
- Cerveau & Psycho est une revue mensuelle de vulgarisation de la psychologie et des neurosciences, lancée en 2003. Son rédacteur en chef est Sebastien Bohler, journaliste et chercheur en neurosciences. ↩︎
- Si vous souhaitez en savoir plus, sur ce dont il s’agit, et de quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la psychanalyse, j’ai consacré un article à cette méthode que vous retrouverez en cliquant sur ce lien : cinq-lecons-sur-la-psychanalyse-sigmund-freud ↩︎



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