Mystères, mystères,… vraiment ?

Qui est Jean-Michel Cosson ?
Selon la dernière de couverture de l’ouvrage lui-même, Jean-Michel Cosson est « professeur d’histoire-géographie […]. Il se passionne pour le XXe siècle, ainsi que pour l’histoire « non-officielle » »1. Il est l’auteur de divers ouvrages sur le thème des mystères et mythes de l’histoire de France, mais aussi sur l’histoire de l’Aveyron.
Il est également présent dans la vie politique, puisque ce dernier est conseiller municipal de Rodez depuis 2008.
Les Mystères de France
Les Mystères de France, paru en 2009, aux éditions De Borée, est une compilation d’histoires, plus ou moins mystérieuses, plus ou moins connues de l’Histoire de France. L’auteur y balais beaucoup de sujets, allant des alignements de Carnac, au trésor de l’abbé Saunière, des apparitions de la Vierge à celles des ovnis…
Résumé du chapitre « Glozel : l’écriture mystérieuse »
Faisons court pour rentrer dans le vif du sujet :
Nous partons, dans ce chapitre, à la découverte d’un petit bourg proche de la ville de Vichy : Glozel. L’histoire commence en 1924, lorsque Émile Fradin, agriculteur de son état, fit des découvertes en labourant un champ dit « Champs des Morts ». Il mit, alors, au jour des tablettes couvertes d’inscriptions gravées. Intrigué, il creusa les alentours et observa un pan de muraille et une fosse ovale, entre autres choses. Fradin ne garda pas ces découvertes pour lui, il en fit part, dans un premier temps, à Mlle Picandet, institutrice à Ferrières. L’histoire commença, alors, à se diffuser. De nombreuses personnalités se rendirent à Glozel afin d’attester la découverte et de la dater. Le premier verdict tombe : les objets découverts à Glozel dateraient du néolithique. Conséquence de cette découverte : l’invention de l’écriture serait plus ancienne et aurait eu lieu en France. Il n’en fallait pas moins pour faire naître une grande controverse qui occupa les archéologues et chercheurs pendant plusieurs dizaines d’années et qui mènera les protagonistes de cette affaire au tribunal.
Glozel, véritable site archéologique ou lieu de dissimulation de faux ?
Près de 100 ans après cette affaire, que reste-t-il des découvertes d’Émile Fradin ? Est-ce que, comme l’indique Jean-Michel Cosson, les scientifiques ont véritablement tranché sur l’authenticité des objets découverts à Glozel ? Si oui, est-il bien vrai que Glozel est un site archéologique reconnu comme datant du Néolithique ? Comment expliquer que ce site soit au cœur de tant de controverses ? Enquêtons et découvrons la véritable histoire de Glozel !
1er mars 1924 : Émile Fradin et le champ Duranthon
Émile Fradin est né le 8 août 1906 à Ferrières-sur-Sichon, petite commune du département de l’Allier, non loin de Vichy2. De famille paysanne, il aide, dès son plus jeune âge, son grand-père, Claude Fradin, dans les différents travaux de la ferme.
Ce 1er mars 1924, alors qu’il s’attèle à défricher le champ de « Duranthon » en compagnie de son grand-père, un des bœufs s’enfonce dans ce qui semble être une fosse. Le jeune Émile Fradin, qui, à ce moment, a 17 ans, entreprit de sortir l’animal et découvrit des ossements, des objets en pierre ou en os, ainsi que des morceaux de céramique. Assuré de l’importance de sa trouvaille, Émile continua ses recherches les jours suivants et alla prospecter dans son entourage proche, dans un premier temps, des personnes pouvant l’instruire sur l’origine et la nature de sa découverte.
Cette découverte resta un temps dans le cercle proche du village de Glozel, jusqu’au jour où Mademoiselle Picandet, institutrice à Ferrières, vint avec sa classe visiter le site archéologique. Il ne fait aucun doute pour elle, il s’agit probablement d’un site NéolithiqueB. La nouvelle se répand alors dans tous les milieux, faisant ainsi venir des personnes intéressées par la découverte notamment M. Clément, suivi par M. Morlet, M. Viple, etc.
Premières analyses et explosion de l’affaire Glozel
Même si l’on considère aujourd’hui que l’essentiel de l’affaire débute en 1928, notamment de par son passage devant les tribunaux, la question se pose, dès le départ, de l’authenticité, de la nature du site découvert.
Fouilles réalisées, dans le Champ Duranthon à Glozel.
Crédit : carte postale réalisée lors de la venue du Comité d’Études.

L’essentiel des fouilles du site de Glozel est laissé au soin du docteur Antonin Morlet et d’Émile Fradin, jusqu’en 1936, auxquels s’ajoutent d’autres fouilleurs, curieux, chercheurs. Au total, ce sont près de 3 000 objets qui vont être exhumés du « Champ des Morts », nommé ainsi à la suite de la découverte de fosses, qui ont fait penser aux inventeurs3 qu’ils s’agissaient de tombes. Aucun doute pour les premières personnes qui vont fouiller le champ : les objets sont authentiques et datent du néolithiqueB.
Nous pouvons, alors, nous demander comment des objets découverts fortuitement dans un champ peuvent-ils être identifiés comme étant des témoignages de la période du NéolithiqueB ? Pour le docteur Morlet, ils sont trop anciens pour dater de la période gallo-romaineC. La présence de harpons en os, de gravures représentant des rennes ne laisse aucun doute pour lui que le site est néolithique.
Néanmoins, cette présence d’un renne gravé dans les collections va être, en partie, à l’origine de la controverse. Morlet l’ignorait sûrement au moment de sa datation du site, mais cet animal, fortement chassé durant la période du PaléolithiqueA, a disparu en Europe, il y a environ 12 000 ans. Donc bien avant la date supposée du dépôt archéologique de Glozel. De plus, la découverte présente des objets qui semblent ne pas former un ensemble homogène. Ils ne ressemblent en rien à ce qui a pu être trouvé, par d’autres fouilles archéologiques sur des sites gallo-romainsC de la région :
« Le mobilier présentait une association inédite – qui fut à la fois le ressort de la notoriété et celui de la polémique – celle d’une supposée écriture élaborée et d’un matériel d’aspect « paléolithique supérieur/ néolithique ». Non seulement des lignes de caractères s’étalaient sur des harpons en os et des galets décorés de rennes ou de chevaux mais on en retrouverait de véritables pages d’écriture sur des tablettes en argile et quelques éléments sur des poteries grossièrement façonnées. »4
L’élément qui va mettre véritablement le feu aux poudres dans l’affaire Glozel, c’est la découverte d’une écriture. Pour l’époque, cela est presque révolutionnaire, car cela intervient directement à la suite de la mise au jour des plus anciennes traces écrites retrouvées. Cette découverte, une inscription funéraire du roi Ahiram, eut lieue en 1923, à Byblos (Liban), dans une région nommée : le Croissant Fertile5. Elle rencontra, alors, un très grand écho dans la presse française, et notamment, dans la presse archéologique.
Pour les archéologues amateurs, dont le Dr Morlet, la conclusion qui s’impose est que l’écriture aurait été inventée en France, le site de Glozel étant plus ancien que Byblos ! Rien que cela ! Pour autant, l’écriture découverte sur les tablettes d’argile est rapidement identifiée, par les archéologues, comme étant proche de l’écriture phénicienne et de l’alphabet ibérique, étudiés et déchiffrés quelque temps auparavant, notamment par René Dussaud6. Cette écriture glozélienne ne fut jamais traduite car les lettres sont disposées en désordre, de manière aléatoire, rendant impossible la lecture7. Bien des personnes et des ordinateurs s’y sont essayés, mais les résultats ne sont pas probants, à ce jour, pour la communauté scientifique.
« L’écriture alphabétique étant apparue en Orient à la fin du Ier millénaire suivant une chronologie que l’on connaît bien, il semble difficile d’admettre l’existence au IIIe millénaire d’une écriture néolithique dans une région isolée du Centre de la France.« 8
Alphabet de l’écriture phénicienne.
Crédit : Wikipédia (domaine public)


Exemple d’une tablette à inscription de Glozel.
Crédit : Photo Kadath – Patrick Ferryn
Au fur et à mesure des arrivées des différents personnages plus ou moins qualifiés en histoire et/ou archéologie, des avis divergents vont émerger de l’étude de ce site. Rapidement, deux « clans » vont se créer avec d’un côté ceux identifiant le site de Glozel comme étant authentique9 et, de l’autre, ceux pour qui les objets mis à jour sont des faux. Ainsi, à la manière de l’affaire Dreyfus10, l’opinion publique, alimentée par les médias, va devoir choisir un camp : glozéliens ou anti-glozéliens. Cependant, l’on remarque dès le début de l’affaire que les scientifiques spécialisés en archéologie et/ou en préhistoire, ne s’intéressent pas à Glozel. Ils sont, de ce fait, souvent accusés par les « glozéliens », archéologues amateurs11 pour la plupart, de ne pas venir constater de leurs propres yeux les objets découverts.
Trois hypothèses vont alors faire leur place dans le champ d’explication du site archéologique de Glozel :
1- Glozel est authentique et date du NéolithiqueB. Elle est notamment défendue par les archéologues amateurs : A. Morlet, Émile Fradin, les membres du Comité d’Etudes12 : Salomon Reinach, Auguste Audollent, Charles Depéret.
2- Glozel est un site de dissimulation de faux. Notamment défendue par les archéologues scientifiques, les historiens : Joseph Louis Capitan, Vayson de Pradenne, Henri Breuil, René Dussaud, Saintyves, les membres de la Commission internationale : Dorothy Garrod, qui la dirige, Pere Bosch Gimpera, Denis Peyrony, J. Hamal-Nandrin, R. Forrer, Pierre-Michel Favret et E. Pittard ; Gaston-Edmond Bayle, M. Maheu, Jean-Pierre Adam.
3- Glozel est un site archéologique de dépôt de sorcellerie datant de la période gallo-romaineC. Cette hypothèse a été formulée par Camille Julian, notamment pour expliquer la raison pour laquelle l’on trouvait des figures bisexuées, des inscriptions non-cohérentes ainsi qu’un tout hétérogène.
L’affaire de Glozel devant les tribunaux et fin des analyses (1990)
L’affaire explosa réellement à partir du 23 février 1928 lorsque Me Maurice Garçon, déposa une plainte, au nom de la Société Préhistorique Française, contre X pour escroquerie13. Cette plainte n’est pas posée à l’encontre des objets découverts à Glozel, mais à l’encontre du musée14, tenu par la famille Fradin, qui demande à ses visiteurs de s’acquitter d’un droit d’entrée de 4 francs. Selon le dépositaire, l’escroquerie repose sur le fait que l’on demande aux visiteurs de payer un droit d’entrée pour y voir des faux réalisés il y a peu.

Emile Fradin lors de son procès en 1928.
À partir de là, « on assiste à une série de procès violents, les uns accusant les autres à tour de rôle »15. Une perquisition assez violente a eu lieu chez les Fradin, le 25 février. Elle permit d’identifier des objets qui auraient pu servir à la fabrication de faux. Pour faire face à cette accusation d’escroquerie, car rien n’indique qu’Émile Fradin serait le faussaire, ce dernier porta plainte à son tour contre René Dussaud pour diffamation en 1932 après avoir été inculpé. La conséquence de ces allées et venues dans les tribunaux est que le site est dépossédé du titre de Monument Historique en 1928. Cette affaire, entre autres, entraîna la création de loi protégeant les sites de fouilles archéologiques dans le sens où seuls des archéologues de métiers peuvent intervenir. Conséquence directe : le Docteur Antonin Morlet stoppa ses fouilles en 1941.
« Tout fut dit et écrit contre l’authenticité du gisement de Glozel et dans tous les styles suivant les tempéraments, depuis les piquantes diatribes des préhistoriens Capitan, Peyrony ou le comte Bégouen jusqu’à la méthodique et ironique démonstration de Vayson de Pradennes en passant par la prudente réserve de l’abbé Breuil ou celle, polie mais ferme de Seymour de Ricci. »16
De nombreux éléments, gravitant autour de l’affaire de Glozel, vont vite faire comprendre aux archéologues aguerris que l’on est probablement en présence d’un faux site archéologique. En voici donc quelques-uns afin de résumer les différentes études réalisées à ce sujet :
L’attente :
Il est à noter qu’il ne s’agit pas là de la première découverte d’objets dans un champ à Glozel. En effet, l’on sait que deux générations plus tôt, le grand-père d’Émile Fradin y exhuma des poteries, de même que l’ancien propriétaire du champ, M. Guillonnet, y avait trouvé un vase portant des inscriptions. Vase qui fut détruit lors d’un déménagement…17 Se pose alors la question, à savoir : y avait-il une attente de la part d’Émile vis-à-vis de ce champ ? Tenait-il à y trouver, lui aussi des objets ? Pour certains historiens, « du point de vue de la thèse de la fraude, une telle attente contribue à annuler la présomption d’innocence du laboureur »18. Cet élément n’est, néanmoins, pas suffisant pour trancher sur l’authenticité du dépôt de Glozel.
Antonin Morlet :
L’arrivée d’Antonin Morlet marqua le début de véritables fouilles archéologiques. Lorsqu’il attesta les premiers objets, il demanda une subvention auprès de la Société d’émulation du Bourbonnais19. Face au refus de cette dernière, « il décida de financer les fouilles pour 200 francs au lieu de 50 si « l’on trouvait davantage, il donnerait davantage ». Le surlendemain apparaissait la céramique glozélienne »20. Cette évolution des découvertes en fonction des réactions de chacun et de l’opinion publique va être, notamment remarqué par Vayson de Pradennes21 ainsi que par la Commission Internationale.
Évolution des objets découverts :
Cette donnée fut notamment étudiée par Vayson de Pradennes, qui, dans sa Chronologie de Glozel, nous renseigne sur les différentes étapes du chantier de fouille ainsi que sur l’évolution des objets découverts. En résumé, on trouve 1° une apparition successive de diverses catégories d’objets, 2° un perfectionnement apporté à certaines techniques, 3° des sources d’inspiration de certaines fabrications parfois visible. Voici un extrait de l’ouvrage de Pradennes :
» 1e phase : Depuis la découverte jusqu’à la venue de M. Clément : on ne connaît que des briques plates, des briques à cupules, des débris de creusets et céramique de grès et des débris vitrifiés.
2e phase : De juillet 1924 au départ de M. Clément (juin 1925) : apparition de haches en pierre polie avec signes et d’une brique à inscriptions, avec un débris de brique et une rondelle à signes.
3e phase : Depuis l’arrivée du Dr Morlet jusqu’à sa première publication (1925) : apparition de la céramique grossière glozélienne, des briques à inscriptions de même pâte, de silex taillés, d’un aiguisoir, de menus objets d’argile : fusaïole, bobines, timbre pour peinture corporelle, d’une idole en terre cuite.
4e phase : de la première à la troisième publication : apparition des anneaux de schiste et de pendeloques, flèche, harpon et crochet de même matière, des os travaillés : harpons, aiguilles, dents perforées. Apparition de l’art graphique (gravure du renne sur galet).
5e phase : de juillet 1926 à juillet 1927 : apparition de quelques menus objets : galets marqués de petites cupules comme des dés à jouer ; siffler et « boîtes à fard » en phalanges creusées et illustrées de signes et de dessins, etc, de dessins en perspective. Apparition de constructions en pierres sèches (tombes). » 22
Ces modifications ont également été étudiées par la commission nommée par le ministère de la Culture en 1983. Cette dernière s’intéresse, notamment, aux inventaires des collections qui ont été réalisés à divers moments, l’on constate alors une différence de nature des objets découverts au fil du temps. Par exemple, les harpons en os sont de moins en moins trouvés lors des fouilles suite aux controverses.
L’on sait également, qu’en 1924, au moment des premières découvertes, Benoît Clément prêta un certain nombre d’ouvrages historiques à Émile Fradin, traitant de la période du NéolithiqueB. Cet élément peut constituer une source d’inspiration pour le faussaire. On remarquera également, que certaines figurines ressemblent beaucoup à celles déjà découvertes dans d’autres sites archéologiques, par exemple :


Les archéologues, préhistoriens, ont rapidement rapproché une des figurines découvertes à Glozel (à gauche) à celle de la Vénus à capuche (figurine en ivoire représentant une tête humaine, datée du Paléolithique, découverte en 1894 en France). On retrouve la même fente sur le côté gauche des deux figurines.
Mauvaise facture des objets découverts :
Un autre élément va marquer les archéologues à Glozel, c’est la mauvaise facture des objets découverts. À ce sujet, Jean-Pierre Adam se moquera du site en disant que « Glozel est la plus pitoyable mystification de l’histoire de l’archéologie »23. Pour ce dernier, les harpons « ne saurait faire le moindre mal à une vieille carpe arthritique attendant complaisamment le coup du pêcheur24« . Les archéologues constatèrent, également, que certaines tablettes d’argile, mal cuites, se désintégraient au contact de l’eau. Saintyves, quant à lui, fut étonné de la « facilité inouïe avec laquelle les galets et autres pierres dures se nettoyaient »25.
« [Les os] portent des traces de travail qui ne peuvent être la marque d’outils de pierre, mais de couteaux et de râpes en acier. Les haches de pierre polie sont de simples galets de schiste fraîchement limés à une extrémité. […] Tout l’ensemble apparaît inutilisable : ce sont des objets dont les formes rappellent des formes anciennes connues, mais mal copiées et ne pouvant servir à rien. »26
La typologie du site :
Un élément dont on parle peu souvent, c’est l’emplacement du dépôt archéologique. Le site, se trouve en contre-bas d’une forte pente, en bordure du Vareille. Il a été constaté par la commission nommée par le ministère de la Culture en 1983, que le terrain avait un PH27 beaucoup trop acide pour assurer une bonne conservation des ossements. Ceux qui ont été trouvés lors des fouilles ne peuvent donc pas dater du Néolithique. La Commission internationale a également remarqué de la terre meuble autour des objets exhumés. Elle en conclut l’élément suivant : « Cette disposition de l’ensemble des terres au-dessus de la pierre et de la brique nous oblige, nécessairement, à admettre un enfouissement par le haut de ces objets, postérieurement à la formation de la couche végétale et, répétons-le, à une date qui, certainement, n’est pas ancienne »28.
Un faux (ir)réalisable ?
Un argument est régulièrement utilisé pour expliquer la nature authentique du site de Glozel : il ne serait pas possible pour un homme de réaliser autant d’objets en si peu de temps. Pour répondre à cette question, la Commission de 1983 a calculé qu’il aurait fallu, environ, 700 heures de travail au faussaire. Ce qui, selon eux, est largement réalisable. Il est à noter, que, en dehors de Glozel ou de sites très proches, aucun objet ressemblant à ce qui a été trouvé n’a été retrouvé ailleurs et inversement, aucun objet typique de la période du Néolithique ne se retrouve à Glozel.
Pour toutes ces raisons, et bien plus encore, la Commission internationale, qui est arrivée à Glozel le 5 novembre 1927, conclu à la non-ancienneté de l’ensemble des documents. L’archéologie ne se posa plus, dès lors, la question à savoir si le site est authentique ou non. Cependant, une commission a été nommée par le ministère de la Culture en 1983 afin d’effectuer de nouvelles fouilles suite à un retour en popularité du site. Cette commission conclue, elle aussi à la non-authenticité du site pour plusieurs raisons, dont celles évoquées ci-dessus, mais aussi parce qu’aucun nouvel artefact n’a été mis à jour. Néanmoins, elle affirma la présence d’un atelier de verrier datant du Moyen-AgeD, expliquant la présence de fosses qui avaient été identifiées comme étant des sépultures néolithiques.
La récupération idéologique d’un faux archéologique
Depuis 1924 et le début de l’affaire Glozel, cette dernière connue de nombreux retours sur différentes scènes médiatiques. C’est la raison pour laquelle elle est toujours étudiée, mais plutôt d’un point de vue historiographique et sociologique.
Il semble intéressant de remettre la découverte dans son contexte. En 1924, la France sort vainqueur de la Première Guerre mondiale, mais reste affaiblie et les tensions montent avec l’Allemagne annonçant, ainsi la Seconde Guerre mondiale. D’un point de vue politique, les nationalismes, l’antisémitisme et le racisme grimpent, les inégalités se creusent. Du côté des médias, cette période marque l’âge d’or de la presse écrite, grâce à des affaires qui ont secoué l’opinion publique, telle que l’affaire Dreyfus, ou un peu plus tard, l’affaire Ledru. Glozel est alors, pour la presse de l’époque, une aubaine pour, à nouveau, vendre du papier. D’un point de vue scientifique, de nombreuses avancées sont faites au cours de cette période et notamment en archéologie où l’on découvre les premières traces d’écriture et de sédentarisation. Pour beaucoup, il semble alors impossible que l’écriture, la sédentarisation au Néolithique aient vu le jour dans le Croissant Fertile alors que l’Europe représente la civilisation et le modernisme. Glozel tombe alors à point nommé lorsque les premiers artefacts sont découverts et sert ainsi un discours nationaliste.
« Un peuple disparu y aurait conçu, de façon autonome, la plus noble des inventions humaines, l’écriture […]. Mieux encore, cette invention nous délierait collectivement d’une dette envers les peuples du Levant, en minorant leur apport au monde occidental ».29
Paru le 31 décembre 1977, ce numéro de la revue Kadath, consacre 244 pages à l’affaire Glozel. Cette revue a pour objectif : « Depuis son lancement en 1973, Kadath est entièrement consacrée à l’étude de l’origine des civilisations, un domaine où la mystification et la désinformation côtoient les recherches les plus sérieuses »30.

Glozel est, également, la figure de proue de la lutte antisciences, contre l’archéologie « officielle », en France. On a ici, un partage entre sciences et parasciences. Pour certaines personnes, notamment dans les sphères complotistes, si les autorités disent que Glozel est un faux, c’est que le site est authentique et que l’on nous cache la vérité, car elle dérangerait nos autorités. Cette idée est, notamment, reprise dans la revue Kadath, qui traite dans ses pages d’archéologie fantastique31 au travers du mythe de l’Atlantide ou encore de la théorie des Anciens Astronautes, etc. Contre ces idées fausses, une personne emblématique du monde de l’archéologie s’est exprimée sur ces sujets, il s’agit de Jean-Pierre Adam. Il explique à ce sujet :
« D’une manière plus générale, les partisans inconditionnels de l’invention auvergnate et paléolithique de l’écriture, servent, sans oser se l’avouer, une cause singulièrement orientée, puisqu’ils recherchent l’assouvissement d’une promotion occidentale contre le « mirage de l’Orient », ce qu’ils expriment par : « … L’Europe fut bel et bien, à l’encontre de l’avis des diffusionnistes, le berceau d’une civilisation originale et très ancienne », à moins bien sûr qu’il ne faille y voir une main étrange venue d’ailleurs : « Il nous faut donc admettre qu’un peuple inconnu rendit, pour des raisons mystérieuses et à un moment indéterminé, visite aux Glozéliens. Ces étrangers possédaient une écriture alphabétique et devaient avoir atteint un haut niveau de civilisation. Ne nous demandez pas de quel peuple il s’agit, ne nous parlez pas des Atlantes… nous n’en s’avons rien, nous n’avons rien dit ». Touchant aveu, on ne dit rien, on se contente de l’écrire. »32
En résulte, donc, que Glozel est un exemple typique de site archéologique où s’affronte le partage science/parascience ainsi que le partage amateurs/professionnels, au même titre que les pyramides de Gizeh, le site de Nasca, etc. Pourtant, on l’a vu, pour la communauté scientifique, il n’y a pas de débats, pas de questions, encore moins de mystères autour de ce site. Les seules questions encore étudiées concernent l’impact qu’a eu cette affaire dans les médias et dans l’opinion publique, ainsi que par ces différentes récupérations par le politique et notamment par les mouvements d’extrême droite tel que la « Nouvelle Droite ».
Pour en savoir plus, je vous invite à consulter les notes de bas de page ainsi que mes sources, certaines sont consultables en ligne. L’étude la plus récente à ce sujet étant le compte-rendu des études menées à la demande du ministère de la Culture : Collectif, Glozel, Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du Ministère de la Culturel, que je ne peux que vous recommander si le sujet vous intéresse vraiment.
Quelques repères chronologiques
A – 3 millions d’années avant J-C à 10 000 avant J-C : Paléolithique.
Cette période, la plus longue de la Préhistoire, est subdivisée entre le Paléolithique archaïque, le Paléolithique inférieur, le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur. Elle est marquée par l’apparition de la première taillée et par le fait que les populations suivent les troupeaux afin de pratiquer la chasse et la cueillette.
B – 9 000 avant J-C à 3 000 avant J-C : Néolithique.
Cette période débute au Proche-Orient, dans le Croissant fertile. Elle est marquée par la sédentarisation des populations de par le développement de l’agriculture et de l’élevage. Elle se termine avec l’apparition et la diffusion de la métallurgie du bronze, à partir de 3 000 avant J-C.
C – 52 avant J-C à 486 après J-C : Gallo-romaine.
Cette période débute lors de la conquête de la Gaule par Jules César en 52 avant notre ère et se termine 10 ans après la chute de l’empire romain en 476 après J-C. Naîtra, par la suite, la dynastie mérovingienne.
D- 486 à 1492 : Moyen-Age.
Le Moyen-Age désigne la période historique s’étalant de la Chute de l’Empire Romain d’Occident en 476 à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492.
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- COSSON, Jean-Michel, Les Mystères de France, De Borée Editions, 2009. 382 p. ↩︎
- A cette époque, la ville de Vichy est notamment connue pour être un lieu de cure très prisé. Les personnes aisées venaient en repos dans cette ville et dans ses établissements thermaux. La proximité de la ville de Vichy avec le village de Glozel (20km) explique la présence de médecins sur les terrains de fouille et notamment du Docteur Antonin Morlet, médecin à Vichy.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Vichy va être le lieu du siège du gouvernement de Pétain. La proximité entre les deux villes va expliquer de nombreux retours en popularité de Glozel. ↩︎ - On constate régulièrement une confusion dans la compréhension du terme « inventeur », il ne s’agit pas, dans le cadre de découvertes scientifiques, de la personne qui a créé l’objet, mais bien de la personne qui l’a découvert. ↩︎
- GUILAINE, MIALLIER, Jean, Didier, Glozel, Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du Ministère de la Culturel, 2023, Presse Universitaire Blaise Pascal, Terra Mater, 320 p. ↩︎
- Le Croissant Fertile est une région archéologique correspondant aujourd’hui au territoire s’étendant de la mer Morte au golfe du Persique. On le nomme « croissant » de part la forme en arc de cercle de cette zone géographique. Il s’agit d’un lieu important de développement de l’agriculture au Néolithique. C’est dans cette zone que l’on voit se développer une première forme d’écriture. Il s’agit dans un premier temps d’écrits comptables liés à un surplus de production agricole. ↩︎
- René Dussaud est un archéologue français né le 24 décembre 1868 et mort le 17 mars 1958. Notamment connu pour avoir été le conservateur du département des Antiquités orientales du Musée du Louvre, il effectua de nombreuses missions archéologiques, notamment en Syrie. Il a, notamment, étudié l’écriture phénicienne, découverte dans le Croissant fertile, raison pour laquelle il fut très vindicatif dans l’affaire de Glozel. Il accusa Emile Fradin de fraude et de falsification en 1932, mais le tribunal rejeta les conclusions qui ont été jugées « mal fondées ». ↩︎
- ADAM, Jean-Pierre, Le Passé Recomposé, Seuil, Science Ouverte, 1988, p. 89. ↩︎
- ADAM, Jean-Pierre, Les Inscriptions de Glozel in Les Dossiers/Histoire et archéologie, no 74, 1983, p. 3-9. [En ligne] consulté le 16 novembre 2023 : MOM_TP_133857_0001.pdf. ↩︎
- On entend par « authentique » le fait que les objets dateraient du Néolithique. ↩︎
- L’affaire de Glozel est régulièrement, et ce, dès l’époque des faits, comparée à l’affaire Dreyfus, tant l’opinion publique s’en sent investie. Elle est même nommée par les médias « L’affaire Dreyfus de l’archéologie ». L’affaire Dreyfus, défraya la chronique pendant près de douze ans de 1894 à 1906. Elle concerne Alfred Dreyfus, d’origine juive et alsacienne, accusé de trahison pour avoir prétendument livré des documents secrets à l’Allemagne. Dans un contexte de tension entre les deux pays : fin de la guerre franco-allemande de 1870-1871 annonçant la Première Guerre mondiale en 1914-1918, cette affaire témoigne également de la présence très marquée de l’antisémitisme en France. L’Affaire Dreyfus marquera longtemps les mentalités de par sa présence dans la presse, de par la nécessité, à l’époque de choisir un camp (exemple de J’accuse d’Emile Zola), mais aussi parce qu’elle fut une erreur judiciaire majeure de la Troisième République, sous fond de complot. Alfred Dreyfus fut innocenté définitivement en 1906. ↩︎
- Il est à noter qu’à l’époque, n’importe qui pouvait entreprendre ou participer à des fouilles archéologiques. La discipline deviendra plus réglementée à partir de 1941 grâce à une loi qui autorise seulement les professionnels à effectuer des fouilles. A Glozel, comme pour beaucoup de sites archéologiques de cette époque, on voit souvent « s’affronter » deux mondes différents : les amateurs et les scientifiques. C’est l’une des raisons pour laquelle Glozel a créé la controverse dans les médias. ↩︎
- Le Comité d’Etude est un groupe d’archéologues français et étrangers réuni par Morlet et qui effectua des fouilles entre le 12 et le 14 avril 1928 dans le but de réaliser une contre-enquête du rapport de la Commission Internationale. ↩︎
- BESSON, Antonin, Comment Emile Fradin faillit aller en prison ! Pour avoir découvert le site de Glozel… in Les Dossiers/Histoire et archéologie, no 74, 1983, p. 3-9. [En ligne] consulté le 16 novembre 2023 : MOM_TP_133857_0001.pdf. ↩︎
- Il est encore possible, aujourd’hui, de visiter ce musée. ↩︎
- BESSON, Antonin, Comment Emile Fradin faillit aller en prison ! Pour avoir découvert le site de Glozel… in Les Dossiers/Histoire et archéologie, no 74, 1983, p. 3-9. [En ligne] consulté le 16 novembre 2023 : MOM_TP_133857_0001.pdf. ↩︎
- GUILAINE, MIALLIER, Jean, Didier, Glozel, Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du Ministère de la Culturel, 2023, Presse Universitaire Blaise Pascal, Terra Mater, 320 p. ↩︎
- BESSY, CHATEAURAYNAUD, LAGRANGE, Christian, Francis, Pierre, Un casse-tête archéologique : la collection de Glozel, in Experts et faussaires : pour une sociologie de la perception. Paris, Edition Métailié, 1995, en ligne. pp.173-203. ↩︎
- Idem. ↩︎
- La Société d’émulation du Bourbonnais est une société savante, loi de 1901, fondée en 1845 à Moulins. ↩︎
- VAYSON DE PRADENNE, André, Chronologie de Glozel, in : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n°9, 1927. pp. 293-319 ↩︎
- André Vayson de Pradenne est un préhistorien né le 16 octobre 1888 et décédé le 17 décembre 1939. Il fut, notamment, président de la Société préhistorique française en 1930. ↩︎
- VAYSON DE PRADENNE, André, Chronologie de Glozel, in : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n°9, 1927. pp. 293-319 ↩︎
- ADAM, Jean-Pierre, Le Passé recomposé, 1988, Seuil, 288p. ↩︎
- ADAM, Jean-Pierre, Le Passé Recomposé, Seuil, Science Ouverte, 1988, p.81 ↩︎
- BESSY, CHATEAURAYNAUD, LAGRANGE, Christian, Francis, Pierre, Un casse-tête archéologique : la collection de Glozel, in Experts et faussaires : pour une sociologie de la perception. Paris, Edition Métailié, 1995, en ligne. pp.173-203. ↩︎
- VAYSON DE PRADENNE, André, Chronologie de Glozel, in : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n°9, 1927. pp. 293-319 ↩︎
- Le PH, pour Potentiel Hydrogène, est une mesure, en chimie, d’acidité. Ainsi :
une solution de pH = 7 est dite neutre ;
une solution de pH < 7 est dite acide ; plus son pH diminue, plus elle est acide ;
une solution de pH > 7 est dite basique ; plus son pH augmente, plus elle est basique. ↩︎ - BESSY, CHATEAURAYNAUD, LAGRANGE, Christian, Francis, Pierre, Un casse-tête archéologique : la collection de Glozel, in Experts et faussaires : pour une sociologie de la perception. Paris, Edition Métailié, 1995, en ligne. pp.173-203. ↩︎
- ANGEVIN, BRENIQUET, Raphaël, Catherine, Le Moment Glozel, in : GUILAINE, MIALLIER, Jean, Didier, Glozel, Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du Ministère de la Culturel, 2023, Presse Universitaire Blaise Pascal, Terra Mater, 320 p. ↩︎
- KADATH. [En ligne], consulté le 26 février 2024 : https://www.kadath.be/ ↩︎
- Désigne l’archéologie pseudo-scientifique. Elle défend des hypothèses risqués et sensationnelles, contre l’archéologie, dite « officielle ». « La pseudoarchéologie est souvent liée à des motivations nationalistes ou religieuses, à des croyances ou à une forme d’ethnocentrisme, un biais cognitif tel que l’eurocentrisme, etc » : Wikipédia. ↩︎
- ADAM, Jean-Pierre, Les Dossiers/Histoire et archéologie, no 74, 1983, p. 19-34. [En ligne] consulté le 16 novembre 2023. ↩︎
Sources :
- ADAM, Jean-Pierre, Le Passé Recomposé, Seuil, Science Ouverte, 1988, 256 p.
- ANGEVIN, Raphaël, Glozel ou l’indispensable tournant épistémologique, in Les nouvelles de l’archéologie, 2021. 163 p. [En ligne] consulté le 25 octobre 2023 : http://journals.openedition.org/nda/12012
- BESSY, CHATEAURAYNAUD, LAGRANGE, Christian, Francis, Pierre, Une Collection Inqualifiable: La Controverse Archéologique sur l’authenticité de Glozel, in Ethnologie Française 23, no. 3, 1933, p399–426. [En ligne] consulté le 25 octobre 2023 : http://www.jstor.org/stable/40989486.
- BESSY, CHATEAURAYNAUD, LAGRANGE, Christian, Francis, Pierre, Un casse-tête archéologique : la collection de Glozel, in Experts et faussaires : pour une sociologie de la perception. Paris, Edition Métailié, 1995, en ligne. pp.173-203.
- COLLECTIF, Les Dossiers/Histoire et archéologie, no 74, 1983, p. 19-34. [En ligne] consulté le 16 novembre 2023 : MOM_TP_133857_0001.pdf.
- DAUGAS, DEMOULE, GUILAINE, MIALLIER, PETREQUIN, POURSAT, Jean-Pierre, Jean-Paul, Jean, Didier, Pierre, Jean-Claude, Résumé des recherches effectuées à Glozel entre 1983 et 1990, sous l’égide du ministère de la culture, in : Revue archéologique du Centre de la France, tome 34, 1995. pp. 251-259.
- DEMOULE, Jean-Paul, On a retrouvé l’histoire de France, comment l’archéologie raconte notre passé, 2012, Robert Laffont, 333 p.
- GUILAINE, MIALLIER, Jean, Didier, Glozel, Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du Ministère de la Culturel, 2023, Presse Universitaire Blaise Pascal, Terra Mater, 320 p.
- VAYSON DE PRADENNE, André, Chronologie de Glozel, in : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 24, n°9, 1927. pp. 293-319.
Pour aller plus loin :
- L’Histoire à venir, L’Affaire Glozel un siècle après – Usages du faux #2, Rencontre avec Jean-Paul Demoule, animée par François Bon et Yann Potin au Muséum de Toulouse : L’affaire Glozel un siècle après – Usages du faux #2 – YouTube
- Thomas Laurent, La vérité sur l’énigme GLOZEL (Enquête sur une affaire irrésolue), 6 septembre 2020 : La vérité sur l’énigme GLOZEL (Enquête sur une affaire irrésolue) – Youtube
- Nota Bene, 3 fraudes archéologiques made in France !, 19 août 2024 : 3 fraudes archéologiques made in France ! – Youtube (timecode : 15:20)


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