« L’Auberge Rouge » Thierry Boudignon


Les Martin, coupables d’assassinats ou victimes de la panique morale ?

Nous disposons de très peu d’informations au sujet de Thierry Boudignon. Il travaille aux Archives nationales, dans le Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales, où il s’est spécialisé dans l’étude des sources du XIXe siècle1.

L’Auberge Rouge

LAuberge Rouge est un ouvrage de 240 pages, rédigé par Thierry Boudignon en 2007 et qui fut publié aux éditions CNRS Éditions. Dans ce livre, l’auteur se propose de revenir sur une affaire ayant secoué l’Ardèche, à savoir l’Affaire de l’Auberge Rouge de Peyrebeille. Pour ce faire, Thierry Boudignon s’appuie sur les archives conservées aux archives départementales de l’Ardèche. Cependant, cette tâche comporte une difficulté : le dossier d’instruction de l’affaire n’a jamais été retrouvé, il faut donc s’appuyer sur les sources restantes, à savoir des compte-rendus, parfois des coupures de presse, etc.

L’histoire débute en 1831, lorsque le corps d’un certain Enjolras est retrouvé dans un précipice à quelques kilomètres de la fameuse auberge, située sur la commune de Lanarce. Pour certaines personnes, aucun doute, Enjolras revenant de la foire est passé devant l’Auberge où il s’est arrêté. De là, la conclusion est rapide à faire, les époux Martin, propriétaire des lieux et leur domestique, Jean Rochette, sont accusés du meurtre de l’homme retrouvé plus loin. Lorsque la justice s’empare de cette affaire, de nombreux autres témoignages sont rapportés, concernant des vols, des agressions, des assassinats. Ces éléments, ajoutés à l’affaire, vont faire des Martin des meurtriers en série, puisqu’une cinquantaine de victimes, au total, sont rapportées, lors de l’enquête.

Néanmoins, lorsqu’on se penche un peu sur cette affaire, comme le fait Thierry Boudignon dans son Auberge Rouge, on se rend compte que la culpabilité des Martin n’est pas aussi évidente à établir. Nous en parlons plus en détail dans mon article dédié à ce sujet Les disparus de Peyrebeille.

Résumé

L’Auberge Rouge est un ouvrage divisé en 34 chapitres avec une introduction rapportant la légende de l’Affaire de l’Auberge Rouge et en toute fin, un Requiem aeternam2, faisant office de conclusion.

Après une brève introduction rapportant la manière dont est racontée l’affaire de l’Auberge Rouge de Peyrebeille par les tenants et les actuels propriétaires de l’auberge, Thierry Boudignon s’attelle à la dure tâche de démêler le vrai du faux dans ce récit qui secoua l’Ardèche dans les années 1830.

Tout l’affaire repose sur la découverte d’un corps, celui d’Antoine Enjolras, le long de l’Allier, à la fin de l’année 1831. Ce qui est d’abord considéré comme un accident, va se transformer en assassinat dont le couple Martin et leur domestique Jean Rochette vont être accusés. Une enquête est ouverte pour ce motif et à partir de ce moment-là de nombreux témoins vont accourir à la barre affirmer que Pierre et Marie Martin sont des tueurs en série.

Mais comment savoir s’il s’agit de racontars ou de véritables crimes lorsque le dossier d’instruction de l’affaire a disparu ? Pour constituer ce compte-rendu dans son ouvrage, Thierry Boudignon recoupe les sources restantes afin d’en dégager un récit cohérent. Il livre, alors, au lecteur la chronologie de cette histoire, du début de l’enquête avec la découverte du corps jusqu’à la condamnation et l’exécution de la peine des époux Martin et de Jean Rochette.

Néanmoins, même si les sources et les témoignages incohérents entre eux semblent pencher vers une innocence des accusés, Thierry Boudignon reste très prudent dans son exposé, du fait de l’absence du dossier d’instruction et de l’ancienneté de l’affaire.

« Pour que Pierre Martin soit personnellement mis en cause, il fallait que la rumeur se précise. Jalousies et rancœurs se déchaînèrent alors sur le plateau, attisées peut-être par l’attitude de Pierre Martin lui-même, car il était homme à défendre hardiment et à protéger ses intérêts. »3

« Ainsi, Pierre Martin, Marie Breysse et Jean Rochette étaient mis en accusation pour un crime commis dans un lieu où ils n’habitaient plus depuis un an et demi et qui était occupé par Louis Galland. »4

Mon avis sur ce livre ?

Sur la route des vacances fin juillet devant m’emmener à Aubenas, je passe devant la fameuse Auberge Rouge de Peyrebeille, avec le souvenir très ferme d’en avoir déjà entendu parler.

En rentrant, c’est dans l’ouvrage de Jean-Michel Cosson, Les Mystères de France dont nous avons déjà beaucoup parlé ici, que je retrouve le récit de cette prétendue affaire criminelle ayant secoué l’Ardèche dans les années 1830. Ayant bien en tête que certaines histoires rapportées dans cet ouvrage sont vraies, et d’autres fausses ou extrapolées, je décide d’effectuer quelques recherches. Ces dernières m’ont mener à l’ouvrage de Thierry Boudignon, plus nuancé, précautionneux, que son comparse. C’est d’ailleurs cette vigilance dans le récit, l’utilisation parfois du conditionnel ou du « on ne sait pas » qui m’ont fait apprécier tout particulièrement ce compte-rendu.

J’aime parcourir ce genre d’ouvrage car c’est là où on se rend compte de la difficulté que ça peut-être parfois d’être historien : des sources lacunaires, manquantes, des légendes qui ont pris le pas sur le réel, souvent pour des raisons mercantiles, etc. Il faut savoir faire preuve d’esprit critique et tenter de démêler le vrai du faux.

Si vous avez une passion pour les affaires criminelles françaises, sur les histoires plus ou moins résolues ou, si tout simplement, l’affaire de Peyrebeille vous intéresse, je vous recommande cet ouvrage. Néanmoins, les plus précautionneux d’entre vous seront peut être marqué par le manque de sources citées dans l’ouvrage, en raison du fait que Thierry Boudignon s’est majoritairement basé sur les sources directes, les archives, plutôt que d’autres ouvrages ayant déjà traité le sujet. Ce livre ne livre pas de certitudes définitives, mais il fournit un cadre méthodologique solide pour aborder l’affaire sans céder au sensationnalisme.


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  1. CNRS Edition, L’Auberge Rouge. [En ligne], consulté le 18 janvier 2026 : <https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/lauberge-rouge/> ↩︎
  2. Repos éternel, en latin. ↩︎
  3. BOUDIGNON, Thierry, L’Auberge Rouge, CNRS Editions, 2007, p.45 ↩︎
  4. BOUDIGNON, Thierry, L’Auberge Rouge, CNRS Editions, 2007, p.106 ↩︎



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