Que se passe-t-il dans notre cerveau ?
Qui est Albert Moukheiber ?

Albert Moukheiber est docteur en neurosciences, psychologue clinicien et chargé de cours, d’origine libanaise. Passionné par le fonctionnement de notre cerveau, il commença son cursus universitaire par une licence de psychologie à l’Université américaine de Beyrouth. Arrivé, par la suite, en France, il poursuivit ses études dans le but d’obtenir, dans un premier temps un master en psychologie clinique, à Paris 5 et Paris 8, puis un doctorat en neurosciences cognitives à l’Université Paris 6.
Ayant l’envie de transmettre au plus grand nombre ses connaissances et afin de faire reculer de fausses croyances qui circulent quant au fonctionnement de notre cerveau, Albert Moukheiber est présent dans des émissions de radio, sur YouTube, mais aussi dans nos librairies puisqu’il est l’auteur de trois ouvrages : Votre cerveau vous joue des tours, Le cerveau pas bête, et Neuromania – Le vrai du faux sur votre cerveau, qui nous intéresse aujourd’hui.
Il s’est fait connaître du grand public, notamment, par la production du podcast intitulé, La Perception de la réalité, en 2022, pour France Culture. De plus,
« En parallèle, avec des collègues chercheurs, ils ont fondé « Chiasma » (en 2014), une structure qui se focalise sur le raisonnement critique et la flexibilité mentale, notamment sur la manière dont nous formons nos opinions et comment cela impacte nos prises de décisions. »1
Neuromania
Neuromania est un ouvrage, composé de 240 pages, rédigé par Albert Moukheiber en 2024, et publié aux éditions Allary.
L’auteur propose à son lecteur de découvrir le véritable fonctionnement de notre cerveau au-delà des idées reçues. Dans ce livre, une première partie est consacrée aux a priori que nous avons sur notre cerveau, tel que : cerveau droit / cerveau gauche, sur la loi de l’attraction, sur les tests psychologiques effectués, notamment, dans le cadre de l’entreprise, etc. Puis, une deuxième partie s’interroge sur notre fonctionnement et sur la manière dont notre cerveau est étudié. Et quoi de mieux pour parler de l’organe qui consomme le plus d’oxygène dans notre corps que les neurosciences ?
Les neurosciences
D’après le Larousse, les neurosciences constituent un :
« Ensemble des disciplines étudiant le système nerveux, à savoir : la neurobiologie, la neurochimie, la neurohistologie, la neuroanatomie, la neuropharmacologie, la neuropsychologie et la neurolinguistique, la neuropathologie, la neurologie, la psychiatrie, la neuroendocrinologie, la neurochirurgie. »2
L’on comprend, alors, que les neurosciences ne constituent pas un domaine de recherche à elles seules, mais qu’elles sont un regroupement de différentes disciplines ayant pour sujet d’étude notre cerveau. Revenons, un instant, sur l’histoire et la genèse de ce champ de recherche scientifique :
Le terme « neurosciences » est né dans le monde anglophone, à la fin des années 1960, pour désigner la discipline ayant pour champ d’étude le système nerveux. Cependant, les scientifiques n’ont pas attendu la naissance de ce domaine de recherche ainsi que la création de ce mot pour étudier notre cerveau. Nous trouvons, en effet, des sources d’étude de cet organe durant la période de l’Égypte Antique, mais aussi et surtout, dans les travaux de André Vésale3, pendant la Renaissance.
Malgré l’ancienneté de l’étude de notre cerveau, ce n’est qu’en 1964, que le premier laboratoire de recherches en neurosciences fut créé à l’université de Californie. En ce qui concerne la France, il faut attendre les années 1970 pour que soit créé le premier centre de recherche en neurochimie4, sous l’impulsion de Nicole Baumann.
Nous comprenons donc qu’il s’agit d’une discipline récente, utilisant des outils récents, tel que l’IRM5, où de nombreuses découvertes peuvent encore être réalisées. Néanmoins, soyons vigilants quant aux fantasmes qui l’entoure. Les discours publics, dans les médias notamment, ont tendance à venter les neurosciences et, parfois, même sur des sujets qui ne relèvent pas de sa compétence.
Neuromanie et neuromythes
L’engouement autour des neurosciences, que l’on retrouve dans les médias et dans les librairies depuis une dizaine d’années, a fait naître des figures médiatiques « expertes » en neurosciences, transmettant, parfois, un discours erroné sur la discipline. Ainsi, pendant plusieurs années, l’expert des plateaux télé pour parler de ce domaine de recherche était Idriss Aberkane. Aujourd’hui, beaucoup moins invité en raison de l’enquête sur son curriculum vitae6, il est, néanmoins, l’auteur d’ouvrages considérés comme best-seller, tel que Libérer votre cerveau, dans lequel il diffuse des idées creuses et des éléments réfutés par le consensus scientifique au sujet du fonctionnement de notre cerveau. De par sa notoriété, acquise grâce aux émissions télévisées, son discours fut écouté par des milliers de personnes, aujourd’hui ravies, pour certaines, de le retrouver sur sa chaîne YouTube, où il évoque des sujets tout autres.
Idriss Aberkane est un exemple parmi d’autres, néanmoins, il a activement participé à l’émission de fausses informations, qui, aujourd’hui encore, collent à la peau des neurosciences ainsi que des neuroscientifiques. Ces idées se sont répandues partout et, de nos jours, il peut nous arriver d’entendre que si nous nous comportons de telle ou telle manière, c’est parce que nous sommes cerveau droit, cerveau reptilien, etc. C’est parce que ces discours se sont autant diffusés que certains scientifiques dans ce domaine, dont Albert Moukheiber, ont décidé de réaliser des ouvrages, des émissions télévisées ou radiophoniques, ou des vidéos sur les réseaux sociaux afin de remettre l’église au centre du village.
Résumé
Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau est un ouvrage divisé en cinq grandes parties.
Dans une première section, Albert Moukheiber retrace l’histoire de l’étude du cerveau en débutant par la période de la Renaissance dont nous gardons quelques traces écrites, traversant ainsi la période moderne, puis le début de la période contemporaine pour arriver aux différentes études menées de nos jours avec l’aide d’instruments mis au point ces dernières décennies. Il s’arrête, notamment, sur les hypothèses avancées au sujet de la localisation de certains de nos comportements dans telle ou telle zone de notre cerveau. Selon l’auteur, cette vision est réductionniste et ne permet pas de comprendre le cerveau dans son ensemble, avec toutes ses complexités.
L’émergence des discours neuroscientifiques auprès du grand public, notamment, a fait naître une génération de coach en développement personnel, qui appuient leurs propos sur ces dernières. Néanmoins, et l’auteur nous le rappelle dans ce livre, ce qui est énoncé par les spiritualités et le développement personnel voulant se donner une légitimité sur cette nouvelle discipline, ne repose sur aucunes données scientifiques. Ainsi, nous comprenons que cette discipline scientifique ne valide en rien la loi de l’attraction ni les fréquences vibratoires ni les tests de personnalité, aujourd’hui, réalisés au sein des entreprises pour ne citer que ces exemples.
Si les neurosciences ont tant de difficultés à localiser précisément le lieu de nos peurs, de nos angoisses, de ce qui permet de capter le goût des aliments que nous mangeons, etc, c’est parce que notre cerveau est beaucoup plus complexe que cela. En effet, et nous l’apprenons de manière plus approfondie dans ce livre, notre cerveau travaillerait davantage en réseau, en activant différentes zones en même temps pour une même tâche. Ainsi, dans cette partie, l’auteur milite pour la réalisation d’études prenant l’objet cerveau dans son intégralité. Pour ce dernier, il n’est pas nécessaire de localiser précisément l’endroit où sont formées telles ou telles actions car cela pourrait avoir pour conséquence de passer à côté de notre compréhension de son fonctionnement.
Là se trouve toute la beauté de notre cerveau : c’est qu’il est fondamentalement complexe. Il est donc difficile, voire impossible, au neuroscientifique d’identifier le lieu précis où sont créées nos joies, nos peurs, nos raisonnements. Pourtant, nous retrouvons régulièrement ce discours dans les médias, dont par exemple, que nos amygdales sont responsables de la peur. Nous comprenons dans cet ouvrage, que ces idées sont totalement erronée et qu’elles sont le résultat de l’extrapolation de vulgarisation de résultats de recherches dans les laboratoires de neurosciences.
De par ces différents discours, nous pouvons avoir tendance à réduire notre humanité à ce qui se trouve dans notre boîte crânienne. Néanmoins, si notre cerveau est un organe complexe, notre corps, notre existence le sont tout autant. Albert Moukheiber prône alors pour une prise en charge de l’être humain dans son entièreté, dans sa complexité, et non plus seulement par le prisme de « ce qui se passe dans sa tête ». Il est grand temps de voir notre mal-être non plus comme la conséquence d’un manque de sérotonine, de dopamine, d’une trop forte consultation des écrans, mais comme le résultat d’un vécu, d’une évolution dans un milieu social particulier, d’un contexte particulier qu’il soit sanitaire, environnemental, politique, etc.
En définitive, ne faisons pas des neurosciences l’objet de tout nos fantasmes. Ces sciences nous permettent de comprendre davantage notre cerveau, néanmoins, elles n’en sont qu’à leurs balbutiements. L’utiliser pour justifier un vote électoral, une inaction climatique, une résistance face au changement, une adhésion plus forte aux théories du complot, etc. constitue pour beaucoup un argument d’autorité. Néanmoins, elles ne peuvent être mentionnées seules, pour la simple et bonne raison que toute les solutions aux problématiques que nous rencontrons ne trouvent pas réponse dans notre cerveau.
« A Hawaï, au Japon ou au Népal, des coachs de développement personnel sont-ils en train d’enseigner à leurs adeptes l’art ancestral français de la flemme ? On est tous les exotiques de quelqu’un. »
« Les femmes atteintes d’endométriose sont, d’après un rapport de la Miviludes, particulièrement ciblées d’une part par les mouvements dit du « féminin sacré » et d’autres part par les thérapies alternatives. »
Le lecteur, curieux, trouvera à la fin de Neuromania une liste d’ouvrage à consulter. Néanmoins, la plupart des sources sont en anglais. Si vous n’êtes pas très à l’aise avec cette langue, n’hésitez pas à utiliser un traducteur en ligne.
Mon avis sur ce livre ?
Depuis une dizaine d’années, nous trouvons le mot « neurosciences » utilisé à tort et à travers, notamment, sur les plateaux télé. Cela eut pour conséquence une mauvaise compréhension de ce domaine de recherche par le grand public, surtout abreuvée par les paroles d’un wannabe PhD, PhD, PhD, entre autres.
Ces idées ont circulé jusqu’à être perçues comme des évidences, pour tout le monde.
Tout le monde ? Non, car dans le lot, il existe des neuroscientifiques et des personnes connaissant véritablement le sujet. Certains, comme Albert Moukheiber dans ce livre, n’hésite pas à prendre la parole afin de remettre les pendules à l’heure.
Dans cet ouvrage vulgarisé, à destination du grand public, l’auteur évoque divers sujets relatifs au fonctionnement de notre cerveau. Avez-vous déjà entendu, que vous êtes un cerveau droit, un cerveau reptilien ? Que si vous êtes tant devant les écrans c’est à cause de votre dopamine ? Si oui, vous trouverez les réponses dans ce livre.
Spoiler, la réponse n’est pas si simple et une multitude de facteurs, au-delà de notre seul et unique cerveau sont à prendre en compte.
En bref, Neuromania est une lecture enrichissante qui pourra, peut-être, bousculer vos certitude quant au fonctionnement de notre cerveau. Ce livre est, selon moi, un outil nécessaire face à la profusion des neuromythes, que l’on retrouve de plus en plus en ligne, et qui permet une meilleure compréhension de ce domaine de recherche encore tout neuf.
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- BABELIO, Albert Moukheiber. [En ligne] consulté le 17 février 2025 <https://www.babelio.com/auteur/Albert-Moukheiber/508055> ↩︎
- LAROUSSE, Dictionnaires, Neurosciences. [En ligne] consulté le 17 février 2025 <https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/neurosciences/54418> ↩︎
- André Vésale 1514-1564, est considéré comme le plus grand médecin anatomiste de son époque, à tel point qu’il fut le médecin attitré de l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Charles Quint. ↩︎
- La neurochimie constitue un champ d’étude particulier, faisant partie de l’ensemble qu’on nomme neurosciences. Elle s’intéresse à la biochimie du système nerveux et, notamment, aux neurotransmetteurs. ↩︎
- Imagerie par Résonance Magnétique. ↩︎
- Plusieurs sources au sujet d’Idriss Aberkane : Chez l’Express : <https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sciences/sciences-et-recherche-le-cv-dope-d-idriss-aberkane_1845580.html?cmp_redirect=true> / La Menace Théoriste (en vidéo sur la chaîne YouTube de la Tronche en Biais) : <https://menace-theoriste.fr/idriss-aberkane-fact-checking/> ↩︎


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