« Kilomètre Zéro » Maud Ankaoua


Best-seller du développement personnel et du feel-good

Qui est Maud Ankaoua ?

Maud Ankaoua est née le 23 octobre 1971. Dans les médias et sur sa page Wikipédia, elle est présentée comme une conseillère financière ainsi qu’une écrivaine à succès.
Sa carrière d’autrice débuta, en 2017, avec la publication de Kilomètre Zéro, le livre qui nous intéresse aujourd’hui.

Son histoire, elle la raconte sur de nombreux plateaux et dans de nombreuses interviews. En effet, nous pouvons la trouver sur la scène de TedX1, mais aussi chez Lilou Macé, connue pour sa chaîne YouTube faisant la part belle aux pseudo-sciences et autres gourous. Elle s’y présente de la manière suivante :

Après un secondaire tout à fait classique, elle effectua des études de finances internationales à Nottingham, Oxford, puis Sciences Po, d’où elle sortira major de sa promo. Elle rejoignit, en 2002, l’équipe d’Exalead, dont elle fut la directrice des finances, jusqu’à son rachat par Dassault Systèmes, en 20102. Cet élément marqua un tournant dans sa vie, où elle décida de faire une pause, de prendre un temps pour elle et de partir au Népal accompagnée d’un sherpa3. Elle en tira des enseignements qu’elle nous délivre dans la version romancée de son histoire : Kilomètre Zéro.

Kilomètre zéro

Kilomètre zéro est paru, d’abord en auto-édition puis, en 2017, chez le groupe Eyrolles, possédant une maison d’édition et dont Maud Ankaoua est « auteure Coach et Conférencière »4. Enfin, il fut édité au format de poche, en 2019, chez J’ai Lu. Contrairement à d’autres ouvrages dont nous avons déjà parlé ici, Kilomètre Zéro se présente comme un roman et non pas comme un carnet de bord, un ouvrage scientifique ou encore une biographie.

D’abord destiné à un cercle restreint, ce roman est aujourd’hui un best-seller avec près de deux millions de lecteurs et de lectrices dans le monde. Il s’inscrit dans la tradition des ouvrages initiatiques, au même titre que l’Histoire de Rampa, un des précurseurs de ce genre, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. On peut comprendre l’expression « ouvrage initiatique » sous deux angles distincts :

1- Le premier désigne un roman dont le lecteur découvre le récit d’un personnage confronté aux aléas de la vie et dont nous suivons l’évolution jusqu’à sa compréhension du monde.

2- Le deuxième désigne un ouvrage permettant un apprentissage de l’ordre spirituel. Il consiste en « un ensemble de rites et d’enseignements oraux qui a pour but la modification radicale du statut religieux et social de la personne initiée »5.

Au fur et à mesure de notre lecture et de notre découverte, nous comprenons que Kilomètre Zéro se trouve, sans aucun doute possible, dans la deuxième catégorie.

Résumé

En quelques lignes, nous pouvons résumer l’ouvrage de la manière suivante, nous y reviendrons plus en détail par la suite :

Dans ce roman, nous suivons l’histoire de Maëlle, directrice financière d’une entreprise, dont le destin va être bouleversé lors de ses retrouvailles avec une amie, Romane. Elle découvre, alors que cette dernière est atteinte d’un cancer du sein. Ayant entendu parler d’une méthode ancestrale permettant de guérir de tout, mais dissimulée par le gouvernement népalais, elle demande à Maëlle de s’y rendre, pour elle, afin de récupérer un manuscrit. Le lecteur suit, alors, les péripéties de la narratrice jusqu’à son retour en France, tout en « profitant » des apprentissages, de l’initiation, de cette dernière.

« On découvre surtout un panaché d’idées qui sentent bon le New Age : la loi de l’attraction, les énergies vibratoires, la médecine quantique, les thérapies alternatives pour traiter ou prévenir le cancer… »6

Torchon.podcastlittéraire

La littérature comme outil de diffusion de pseudo-sciences et de croyances

Dans ses différentes interviews et, notamment, dans celle que Maud Ankaoua a donnée sur la chaîne YouTube de Lilou Macé, elle revient sur la genèse de Kilomètre Zéro.

Celle-ci remonterait à sa découverte de l’ouvrage La Prophétie des Andes7 de James Redfield, paru en 1993, vendu à près de 20 000 000 d’exemplaires et qui l’aurait fortement marqué.
Pour toute personne s’intéressant un tant soit peu à l’ésotérisme, à l’initiation par la lecture, au développement personnel ou encore au bien-être, ce livre de James Redfield est un incontournable au même titre que ceux de Lobsang Rampa, dont nous avons déjà parlé ici.
S’inscrivant dans la tradition des récits initiatiques, l’intrigue se déroule au Pérou sous des airs de fiction. Cependant, cette dernière n’est là que pour servir un narratif diffusant des idées attribuées au mouvement New Age, aux lecteurs.

Penchons-nous quelques instants sur les origines du roman initiatique, que nous retrouvons dans Kilomètre Zéro, puisqu’en effet :

« le thème mythique de l’initiation est une donnée fondamentale de l’ésotérisme. Le savoir ésotérique, comme tout savoir, s’acquiert par transmission. L’initiation ne peut se transmettre que par un adepte ayant déjà été initié lui-même. La chaîne ininterrompue de transmission de maître à disciple constitue ce que l’on appelle une tradition. »8

Karl-Stephan Bouthillette

Ces origines remonteraient au IIIe siècle de notre ère, avec l’écriture des Hermetica, attribuées à Hermès Trismégiste, dont on ne sait pas s’il a réellement existé. Elles consistent en un ensemble de traités mystico-philosophiques, regroupant des textes proches de la philosophie antique grecque et d’autres occultistes, évoquant l’astrologie, la magie, l’alchimie et bien d’autres encore. Elles sont présentées de telle sorte que le lecteur pense qu’il y trouve des révélations.

Restées longtemps de côté, c’est la période de la Renaissance, allant du XIVe au XVIe siècle, qui leur donne un second souffle. Les élites italiennes, dans un premier temps, se tournent vers ces textes anciens qui prenaient la poussière dans les bibliothèques et qui avaient été quelque peu oubliés, redécouvrant ainsi des ouvrages comme les Hermetica. Ces redécouvertes vont avoir pour conséquence d’influer sur la littérature de cette époque et, de fait, le roman initiatique connaît un retour en force.

Selon le docteur en philosophie Karl-Stephan Bouthillette, ce type de récit s’est surtout popularisé au début du XVIIe siècle, de par la publication de :

« Trois manifestes : Fama Fraternitatis (1614), Confession Fraternitatis (1615) et Les noces chimiques de Christian Rosenkreutz (1616). [… Ils] ont marqué l’imaginaire occidental en popularisant la légende de Christian Rosenkreutz et de la Fraternité de la Rose-Croix »9

Karl-Stephan Bouthillette

Nous comprenons qu’à l’origine, ces ouvrages faisaient référence à une organisation, une société secrète, telle que les Rose-Croix ou encore la Société théosophique, dont les idées sont diffusées dans les ouvrages d’Héléna Blavatsky : Isis Dévoilée (1877) et La Doctrine secrète (1888). Ces livres étaient encore, en grande majorité, à destination de personnes déjà initiées.
Néanmoins, ces derniers vont connaître un changement majeur lors de la publication du Troisième Oeil, en 1956, par Tuesday Lobsang Rampa. À partir de ce moment, l’initiation est à portée de main de tout le monde. Il n’est plus question de faire partie d’une quelconque société secrète. Il suffit, simplement, de se procurer un livre, ce qui est de plus en plus facile à cette période, en raison de la baisse de leurs prix.

On assiste, depuis lors, à une profusion d’ouvrages de « développement personnel » qui, jusqu’à aujourd’hui, remplissent les étagères de nos librairies. Ils ont tous pour points communs d’emmener le lecteur ou la lectrice dans des contrées lointaines et surtout dans les pays asiatiques, tels que le Népal ou l’Inde, centres spirituels du mouvement New Age.
Kilomètre Zéro n’échappe pas à cette règle avec sa narration au Népal dans le but de transmettre aux lecteurs des concepts liés à ce courant.

Le New Age est apparu dans la deuxième partie du XXe siècle, à partir d’un mélange de nombreuses croyances préexistantes, telles que : les croyances associées à la Société Théosophique10, la loi de l’attraction, les chakras, le channeling11, le retour à la nature, etc.
Nous allons, dans cet article, nous pencher sur ces concepts diffusés par Kilomètre Zéro et leurs potentielles conséquences.

Quels sont les concepts attribués au mouvement New Age développés dans Kilomètre Zéro ? Quelles sont leurs origines ? Sont-ils validés par les données scientifiques ? Les livres de développement personnel peuvent-ils être des outils bénéfiques ou, au contraire, être délétères ? Ces idées peuvent-elles mettre en danger l’intégrité des personnes lisant cet ouvrage ? Existe-t-il un risque de glissement vers une ou des dérives sectaires ? Ces publications sont-elles, en partie, responsables de l’accroissement de la méfiance envers les autorités et notamment envers les sciences ? Enquêtons !

Une initiation aux croyances New Age…

Comme nous l’avons évoqué dans cette introduction, Kilomètre Zéro est un roman dont l’histoire, le récit est un prétexte pour apporter aux lecteurs et (surtout !) aux lectrices des idées provenant du mouvement New Age. Mais quelles sont-elles et sur quoi reposent-elles ?

La loi de l’attraction

Vous avez, peut-être, déjà entendu l’un des membres de votre entourage vous dire à un moment où votre moral n’était pas au beau fixe : « Pense positif ! Tu verras, ça ira mieux ! Si tu penses négatif, tu attireras le négatif et les choses ne changeront pas. » ?

Constituant l’un des concepts majeurs du mouvement New Age, la loi de l’attraction, aussi nommée « manifesting », est très présente, désormais, sur les réseaux sociaux, mais aussi dans notre quotidien, dans les échanges avec nos proches, nos collègues. En s’imposant de cette manière dans la vie courante, c’est donc, sans surprise, que nous la retrouvons détaillée et expliquée par Maud Ankaoua de la façon suivante :

« Ta pensée présente enclenche le processus constant de ta réalité. C’est ce que j’appelle la loi de l’attraction. Tu attires ce que tu es. »12

« La première chose est de formuler ce que l’on vient de se dire en visualisant ta vie comme si elle était déjà une réalité. Essaie en commençant ta phrase par « À partir de maintenant, je… ». »13

« En modifiant ton état d’esprit, ton énergie attirera des forces de même intensité. »14

L’on comprend, alors que la loi de l’attraction repose sur le « protocole » suivant :
1- Tout d’abord, il nous faut identifier nos désirs lors de moments de méditations, notamment.
2- Nous devons formuler clairement le désir que nous souhaitons voir se réaliser et le répéter plusieurs fois par jour, par semaine. Parfois, comme l’on peut le voir sur les réseaux sociaux, cette étape est complétée d’un rituel, tel qu’écrire cette intention sur un papier, faire brûler une bougie, etc.
3- Nous devons penser positivement afin de permettre la réalisation de ce désir, en accordant du crédit au principe suivant : le positif attire le positif et inversement.
4- Attendre et constater la réalisation ou la non-réalisation de ce vœu.

La loi de l’attraction peut donc se résumer, schématiquement, de cette manière :

Crédit : charismeattitude.com

Le principe même de la loi de l’attraction fut évoqué pour la première fois par Phineas Quimby, à l’origine du Mouvement de la Nouvelle Pensée15, au début du XIXe siècle. Inspiré par le magnétisme animal16, présenté par Mesmer à la fin du XVIIIe siècle, il soutenait que :

« La maladie est dans l’esprit, car le corps n’est que la maison qui l’abrite, et nous lui accordons la valeur qui est la sienne. Par conséquent, si votre esprit a été trompé par quelque ennemi invisible à travers une croyance, vous pouvez le manifester sous forme d’une maladie, consciemment ou pas. »17

Phineas Quimby

Néanmoins, c’est Héléna Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique, qui donnera, à ce principe, le nom de loi de l’attraction, notamment, dans Isis Dévoilée, paru en 1877. À cet instant, cette idée se diffuse au sein des adeptes et des membres de la société théosophique, sans pour autant se populariser et toucher toutes les populations. Pour cela, il faut attendre 2006 et la sortie du film « The Secret » produit par Rhonda Byrne18, puis adapté en livre, traduit dans diverses langues, l’année suivante.

Dans ces œuvres, Byrne développe les principes, les fonctionnements ainsi que les supposés résultats de la loi de l’attraction sous la forme d’une véritable loi physique, tout en se référant régulièrement à la physique quantique. Cependant, cette dernière n’a jamais accordé de crédit à ce concept New Age, raison pour laquelle il est difficile de trouver de véritables études traitant du sujet sous un angle scientifique.

Alors, que savons-nous sur la loi de l’attraction ?
Les sciences humaines et sociales, entre autres, nous indiquent que la réalisation de nos désirs relèverait davantage de ce que l’on appelle la prophétie autoréalisatrice.
Ce concept, introduit par les sociologues américains Robert King Merton et William Isaac Thomas, désigne « une situation dans laquelle quelqu’un qui prédit ou s’attend à un événement, souvent négatif, mais aussi parfois positif, modifie ses comportements en fonction de ses croyances, ce qui a pour conséquence de faire advenir la prophétie »19. Il n’y a rien ici qui relève de la pensée magique ou des supposées fréquences vibratoires de notre univers. Au contraire, il s’agit seulement d’un changement de comportement que nous opérons face à une situation et qui a pour conséquence de faire advenir ce que nous avions annoncé.
De plus, les neurosciences sont formelles à ce sujet, nos pensées n’émettent pas d’ondes de qualité différente en fonction de la positivité ou de la négativité de ces dernières20.

Depuis 2020 et l’avènement de TikTok, l’on trouve même sur les réseaux sociaux, des influenceurs indiquant des « protocoles » en vidéo, afin que vous puissiez manifester vos désirs les plus fous et les obtenir par la seule force de votre pensée.
Cependant, dans tout cela, il y a un hic. Si votre vœu se réalise, bravo ! Le protocole a fonctionné grâce à l’influenceur ou l’influenceuse que vous suivez ! Mais si cela ne fonctionne pas, c’est de votre faute, puisque vous n’avez pas su manifester votre envie correctement et/ou que vous avez eu des pensées négatives. Pile, je gagne. Face, tu perds.

Là, se trouve une des problématiques liées à la loi de l’attraction, car elle induit, entre autres, la chose suivante :

« Le seul coupable de notre souffrance, c’est nous. »21

Cependant, la souffrance est un état bien plus complexe que cela.
Néanmoins, ce genre d’affirmations a pour conséquence de sur-responsabiliser les personnes qui la pratique dans le sens où tout ce qui leur arrive est du fait de leur pensée. Autrement dit, si une personne est confrontée à des choses négatives dans la vie, elle s’en voudra d’avoir eu, par moment, des idées néfastes qui, selon elle, seront responsables de son mal-être, sans même avoir à l’esprit qu’il est impossible de n’avoir que des idées positives. Cet élément peut avoir des conséquences dramatiques sur la psyché des individus, entraînant une culpabilité, de l’anxiété et peut, dans certains cas, engendrer une dépression.
Elle peut, également, avoir pour implication une rupture des personnes avec la réalité, qui s’explique par le fait que le principe même de la loi de l’attraction est de déjà voir en notre possession quelque chose que nous n’avons pas.
Au-delà de ces éléments, elle peut avoir des conséquences plus graves, notamment en ce qui concerne les agressions, les injustices, les discriminations. Les victimes vont, alors, s’enfermer dans un cercle de pensée vicieux, passif, dans lequel elles se répéteront qu’elles sont responsables des abus qu’elles ont subis ou qu’elles subissent. Ce qui, bien évidemment, n’est pas le cas.

Tout ceci constitue les conséquences réelles de la loi de l’attraction. Nous pouvons en conclure que nous sommes bien loin d’une pensée magique, totalement inoffensive pour les personnes qui la pratique. D’autant plus que, la plupart du temps, ce concept New Age ne se pratique pas seul et il entraîne avec lui bon nombre d’autres croyances. En effet, pratiquer la loi de l’attraction, c’est aussi croire au fait qu’il existe une intelligence, quelque chose au-dessus de nous, qui « envoie » ou réalise la manifestation.

Une intelligence décide de tout

Le New Age a pour particularité de ne pas vouer un culte à une divinité désignée comme nous pouvons le trouver dans les religions monothéistes. Néanmoins, cela ne veut pas dire que ce courant ne reconnaît pas l’existence d’une « force supérieure » à tout être humain. Ce flou autour de cette idée, qui donne lieu à un recrutement de nouvelles personnes de manière très large, permet à chaque membre de mettre ce qu’il entend derrière les mots « Univers » et « Intelligence ».

Une des spécificités du mouvement New Age, est que non seulement les adeptes croient en l’existence d’un tout, d’une intelligence, mais aussi qu’ils sont partie intégrante de cette dernière :

« Tu es Tout. Tu viens d’accéder à la source, l’amour dans lequel tu vis. »22

Ce concept établi, pour le dire autrement, selon le sociologue Miran Lavrič, que « premièrement, il existe un soi divin supérieur caché en chaque être humain, qui est une manifestation de la nature divine supérieure. Et deuxièmement, cette nature supérieure peut être éveillée et devenir le centre de la vie quotidienne des individus »23. Ainsi, pour paraphraser Elisabeth Feytit24, tout est relié à une source divine et chaque chose est l’expression de cette divinité, sous une forme particulière, qu’elle soit animale, végétale, minérale25. À ce jour, le consensus scientifique rejette cette affirmation. En revanche, l’on sait que cette croyance est importante dans le recrutement de nouveaux adeptes, car il est plus facile de faire croire en l’existence de la loi de l’attraction, des énergies vibratoires, et autres notions newageuses, lorsque l’on dit à une personne qu’elle est divine, ou qu’elle est partie intégrante d’une intelligence supérieure.

Là où, pour certaines religions monothéistes, la divinité n’intervient plus dans la vie de tout à chacun, le New Age défend l’idée inverse. À savoir que, tout ce qui nous entoure, notre vie, est décidée par l’Univers.

« L’univers tout entier met en place les éléments nécessaires à la réalisation de la volonté ».26

« Durant ces milliards d’années, la Terre évolue dans l’univers sans se heurter à d’autres planètes. Comment expliques-tu que depuis tout ce temps, nous survivons ? Une intelligence organisée nous protège. »27

Au-delà, de répondre à la question à savoir s’il existe une intelligence ou non, qui relève de la croyance, arrêtons-nous, à la place, sur l’affirmation selon laquelle notre Terre n’est pas heurtée par d’autres planètes. Et pour cela, nous devons aborder quelques notions d’astronomie.

Pour faire bref, notre système solaire, qui s’est formé il y a environ 4.5 milliards d’années, fut dans ses premiers temps un endroit un peu chaotique où avait lieu une grande partie de billard cosmique. Pendant cette période, plusieurs morceaux de matières, se sont agglomérés formant des ensembles de plus en plus denses. Leur masse et leur gravité augmentant, ils ont attiré à eux d’autres morceaux de matières, permettant de constituer, entre autres, les planètes, mais donnant lieu aussi à un « nettoyage » dans une zone plus ou moins vaste autour d’elles. Par conséquent, à ce jour, notre système solaire est suffisamment stable pour qu’un objet de la taille d’une planète ne rentre pas en collision avec notre Terre. Nul besoin de faire intervenir, ici, une divinité, la mécanique céleste suffit à expliquer ce point.

Alors qu’en conclure ? Une intelligence est-elle à l’origine de notre vie, de ce qui nous entoure ? Une grande majorité des membres de la communauté scientifique rejette cette éventualité. Néanmoins, le concept même de Dieu, d’une intelligence supérieure, peu importe le nom que vous lui donnez, est irréfutable et relève de la croyance, propre à chacun d’entre nous. Il me semblait tout de même intéressant de faire le point sur cette croyance propre au New Age, sur la manière dont ce mouvement l’envisage et sur les dérives que cela peut engendrer. D’autant que cette notion d’intelligence est corrélée à d’autres croyances, telles que les énergies vibratoires.

Les énergies vibratoires

Si, à force de pratique de la loi de l’attraction, vous vous rendez compte que l’Univers ne vous envoi pas ce que vous souhaitez, le New Age vous apporte une réponse : vos énergies ne vibrent pas dans le bon champ vibratoire.
Il s’agit, là, d’un concept tout particulier au New Age, qui, de prime abord, semble difficile à comprendre. Nous allons, dans cette partie, tenter de dissiper le brouillard qui l’entoure.

Dans Kilomètre Zéro, le lecteur ne trouvera pas de réelle définition de cette idée d’énergies vibratoires. Les seules informations que nous découvrons sont les suivantes : « Le présent est vibration », « nous sommes une grande masse vibratoire », etc. Par conséquent, rien qui ne nous permette de comprendre réellement ce concept. Pour ce faire, nous devons nous tourner vers d’autres sources d’information.

Lorsque nous remontons le temps, nous constatons que les premières mentions de cette idée, en Occident, ont eu lieu simultanément au sein de la Nouvelle Pensée et de la Société Théosophique. Les deux mouvements réalisent, à la fin du XIXe siècle, un réemploi, ainsi qu’un changement de définition de notions connues en Asie et importées, notamment, par Héléna Blavatsky qui a vécu un temps en Inde.

Ainsi, ce concept d’énergies vibratoires tire une de ces origines dans le yoga, pratiqué en Inde à partir du IIe siècle avant notre ère. Cette pratique établie que nous sommes composé de sept chakras, centres énergétiques et spirituels de notre corps, que sont :

Crédit : acumapa.co

L’autre influence de cette idée provient des cultures chinoise et japonaise. Il s’agit du Ch’i.
Même si cette dernière est plutôt mal définie, dans son ensemble, elle désigne un principe à l’origine de l’univers qui relierait les êtres et les choses entre eux, comme un fil invisible. Néanmoins, une fois apporté en Occident, le Ch’i est devenu « une force vitale », qui circulerait dans le corps et notamment, dans les méridiens28.

À ce jour, et ce, jusqu’à preuve du contraire, aucune étude scientifique ne valide l’existence des énergies vibratoires, des chakras, du ch’i ainsi que des méridiens, pourtant cités afin de valider la pratique de l’acupuncture, entre autres.

Néanmoins, cela n’empêche pas au récit, proposé dans Kilomètre Zéro, de reposer, en grande partie, sur cette donnée. Elle permet à l’autrice d’affirmer, par exemple, que :

« Plonger dans l’état d’amour permettait de se délivrer des énergies bloquées qui sont à l’origine des maladies. »29

« La maladie pouvait être envisagée comme une vibration désharmonieuse. »30

Nous avons à faire, ici, à un postulat que l’on retrouve régulièrement au sein du New Age et des thérapies alternatives31, à savoir que chaque maladie serait causée par nous-même, c’est-à-dire, par nos pensées, nos comportements, notre vécu. En bref, toute maladie trouve sa cause en nous et, par extension, notre guérison dépend de nous :

« Les fréquences élevées réussissaient à dissoudre la matière, comme certaines tumeurs qui ne sont qu’une solidification d’autres, plus basses. »32

Comme nous l’avons vu plus haut, les fréquences vibratoires qui seraient présentes dans notre corps ne sont pas validées par le consensus scientifique. Par conséquent, la science rejette la possibilité de guérison de maladies graves par ce type de pratique.
Ce qu’elle reconnaît, en revanche, ce sont les effets contextuels33 associés à ces thérapies. En effet, certains maux légers peuvent être soignés par notre petite pharmacie interne, comme par exemple un rhume qui va avoir tendance à se soigner naturellement en quelques jours. Parfois, cette pharmacie a besoin d’éléments extérieurs pour se déclencher, tel que : prendre rendez-vous chez son médecin, voir une blouse blanche, être écouté par un proche ou un professionnel de la santé, prendre un morceau de sucre tout en pensant qu’il s’agit d’un médicament :

« Le médecin tient vraisemblablement le premier rôle. Deux paramètres difficilement mesurables entrent en ligne de compte : sa bienveillance et son degré de conviction vis-à-vis du traitement qu’il propose. […] Une autre étude montre bien que le moteur le plus puissant de l’effet placebo est assurément le médecin lui-même. »34

Jean-Jacques AULAS

Tous ces éléments constituent ce que l’on nomme les effets contextuels, parfois responsables de la guérison de petites maladies, de choses anodines.
Lorsque l’on connaît ces effets, scientifiquement éprouvés, l’on comprend, alors la raison pour laquelle de nombreuses thérapies alternatives fleurissent un peu partout depuis quelques dizaines d’années. Les guérisons qui leur sont associées reposent uniquement sur ces effets. Et, surtout, elles ne sont pas à privilégier, au contraire, car elles peuvent avoir des conséquences délétères sur notre santé et/ou sur celle de nos proches.

Ce type de discours est profondément dangereux. Les sciences sont claires à ce sujet. Il n’existe aucune thérapie, autre que celles proposées en médecine conventionnelle, à savoir la chirurgie, la chimiothérapie ou les rayons, pour détruire un cancer. Dire aux lecteurs de ce livre qu’ils peuvent guérir d’une maladie grave « simplement » en « élevant les fréquences vibratoires », représente un risque très important que ces derniers décident de stopper leurs soins et/ou de s’éloigner de la médecine conventionnelle. Cela peut avoir pour conséquence une aggravation de la maladie de la personne, voire un décès. Ces éléments ne sont donc pas à prendre à la légère, mais nous reviendrons sur ce point dans la partie dédiée à la dangerosité d’un tel ouvrage.

Enfin… Si seulement, l’argumentaire de l’autrice s’arrêtait là, mais non. En effet, les affirmations, dont elle assène le lecteur, ne sortent pas uniquement de ses croyances et du New Age, elle en trouve une validation au cœur de sciences relativement neuves, et notamment, dans les neurosciences et la physique quantique.

… Appuyées sur de véritables sciences mal comprises …

L’appui de croyances sur de nouvelles sciences, encore mal connues du grand public, est une autre particularité des mouvements spirituels contemporains. Ces sciences sont utilisées pour légitimer leurs croyances, en recourant à ce que l’on appelle un argument d’autorité35. Ils se servent alors de découvertes scientifiques récentes, encore mal comprises, les interprètent pour qu’elles collent à leurs croyances et les diffusent auprès du grand public, qui n’a pas le temps de vérifier si les arguments avancés sont corrects ou non. Or, même si cela semble scientifique en apparence, ce n’est pas nécessairement le cas. Les termes « neurosciences » et « physique quantique », utilisés dans le cadre du développement personnel ou de la spiritualité, doivent constituer un indicateur de prudence pour les lecteurs. Dans le sens où si ces sciences sont récupérées, le discours qui va suivre est, bien souvent, erroné.

Les neurosciences

Si vous n’êtes pas convaincu par les éléments avancés précédemment, soit que votre pensée influence votre vie ou que vous êtes partie intégrante d’une divinité, les neurosciences sont utilisées par l’autrice afin d’embarquer les quelques personnes encore sceptiques lors de sa lecture. En effet, le lecteur souhaitant passer un moment agréable, tout en s’évadant lorsqu’il parcourt les lignes de ce roman, rejettera éventuellement ce dont nous avons parlé plus haut, mais aura peu d’éléments sur les affirmations suivantes :

« Nous négligeons les coïncidences comme tout ce qui émane de l’hémisphère droit. »36

Nous avons là, un parfait exemple de l’utilisation d’informations qui semblent être scientifiques, mais qui sont utilisées par l’autrice seulement dans le but de donner du crédit à ses croyances. Le lecteur se retrouve asséné par toutes ces données sans possibilité, ni même envie, parfois, de vérifier. Et si, nous, nous prenions le temps de faire quelques recherches, que nous disent les sciences et plus particulièrement les neurosciences ?

Dans un premier temps, arrêtons-nous sur la définition de ce terme. Les neurosciences constituent un regroupement de différents champs de recherche ayant pour sujet d’étude notre cerveau et notre système nerveux. Ce terme, né dans le monde anglophone, à la fin des années 1960, englobe ainsi la neurobiologie, la neurochimie, la neurohistologie, la neuroanatomie, la neuropharmacologie, la neuropsychologie, la neurolinguistique, la neuropathologie, la neurologie, la psychiatrie, la neuroendocrinologie et la neurochirurgie.
De manière générale, les données scientifiques liées au fonctionnement de notre cerveau vont à l’encontre des discours que nous avons entendu ces dernières années dans les médias ou ceux que nous avons pu lire dans les livres disposés en tête de gondole de nos librairies.

Maud Ankaoua fait, ici, référence à la théorie des deux cerveaux. Elle fut mise au point à la suite de l’observation de notre cerveau rassemblant deux hémisphères, reliés par une structure nommée le corps calleux37. Selon cette idée, chaque hémisphère aurait des fonctions spécifiques, indépendantes de l’autre, établies à la suite des travaux de Roger Sperry38. Selon Albert Moukheiber dans Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau :

« Sperry avait par exemple déterminé que si le langage est souvent latéralisé à gauche, la perception spatiale est plutôt latéralisée à droite. Partant de là, une extension s’est effectuée, l’hémisphère gauche s’est vu associé au langage et aux fonctions analytiques et de compréhension, et le droit à la perception et aux fonctions créatives. […] Mais cette idée ne s’appuie sur aucune preuve scientifique ! »39

Albert Moukheiber

À ce jour, les neuroscientifiques s’accordent sur le fait que différentes zones de notre cerveau travaillent de concert, sans que l’une d’entre elle puisse être précisément identifiée comme étant responsable de telle ou telle action que nous pouvons réaliser. Cette vision de notre cerveau, divisée en plusieurs sphères est limitante et ne permet pas d’appréhender le fonctionnement de cet organe dans son ensemble. Nous en concluons, de fait, que l’affirmation avancée par l’autrice ne repose sur rien à part sur les discours pseudo-neuroscientifiques que nous retrouvons dans certains ouvrages. Pourtant, cette dernière poursuit son argumentaire :

« La masse cérébrale traite 400 000 000 de bits d’information par seconde, mais nous ne sommes conscients que de 2 000 bits. »40

Depuis quelques années et surtout depuis la création de l’Intelligence Artificielle, le vocabulaire lié à l’informatique se mêle à celui lié à notre cerveau. En témoignent les quelques expressions qui sont, par ailleurs, passées dans le langage courant : « je bugge », « ma mémoire est saturée », etc. Cependant, pouvons-nous raisonner en bits d’information pour qualifier les données que notre cerveau traite à chaque seconde ? Pour beaucoup de neuroscientifiques, dont Albert Moukheiber41, cette comparaison n’est pas pertinente, notamment par le simple fait que notre cerveau n’est pas une machine.

Le terme bit provient de la contraction des mots anglais binary digit, qui signifient « chiffre binaire ». Cela signifie que les bits constituent une série de 0 et de 1. Si nos neurones, qui composent notre cerveau, transmettent des signaux électriques et chimiques, il n’est pas possible, pour autant, de les retranscrire par le système binaire. Cette analogie ne permet donc pas d’envisager le fonctionnement de notre cerveau dans toute sa complexité. De plus, elle pose le problème de la conscience, un concept mal défini où chaque chercheur place son curseur conscient/inconscient à un emplacement différent.

Cette affirmation se rapproche d’une autre, popularisée par le film Lucy, produit par Luc Besson, en 2014, à savoir que nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau. Depuis, cette information circule et, plus récemment, nous avons pu la retrouver dans une publicité télévisée du groupe Intermarché « C’est fou tout ce qu’on peut faire avec 10 % ». Cependant, cette idée, debunkée à plusieurs reprises, ne repose en réalité sur aucune donnée. En effet, quasiment toutes les parties de notre cerveau sont impliquées dans diverses fonctions, même si certaines zones sont plus actives selon les tâches que nous accomplissons.

Enfin, arrêtons-nous sur une dernière affirmation de l’autrice avant de conclure sur l’utilisation qu’elle fait des neurosciences :

« L’hypothalamus, fabrique des substances chimiques, peptides, qui se rassemblent pour créer des hormones neuronales correspondant à chaque sentiment vécu. »42

Le terme hypothalamus désigne une région de notre cerveau qui agit, en partie, sur le fonctionnement des viscères : il peut intervenir sur le rythme cardiaque ou respiratoire, contrôler les sensations de faim et de satiété, la température de notre corps, et peut être à l’origine de la sécrétion d’hormones. Néanmoins, comme nous l’avons vu plus haut, cette définition de l’hypothalamus correspond à une vision localiste de notre cerveau qui consiste à vouloir situer précisément les zones cérébrales responsables de telle action, de telle émotion, etc. De nos jours, une branche des neurosciences se veut plus globale dans sa compréhension de cet organe, démontrant que nos actions et émotions sont, plus généralement, le résultat de mise en relation de différentes aires de notre cerveau.

Il semblerait, de par différentes expérimentations, que notre hypothalamus serait bien à l’origine de neuropeptides, de petits messagers internes à notre cerveau. Néanmoins, ces deux termes neuropeptide et hormone désignent deux concepts différents, l’un circule dans notre système nerveux, l’autre dans notre système veineux. Par conséquent, l’assemblage de neuropeptides ne permet pas la création d’hormones. Enfin, le consensus scientifique s’accorde sur le fait qu’il n’existe pas une hormone associée à un sentiment vécu, en particulier. Cela signifie qu’il n’existe pas d’hormone de la peur, de l’amour, de la nostalgie, de la colère, etc. La « création » de ces émotions qui nous traversent résulte d’interactions complexes entre plusieurs régions cérébrales et de différents facteurs d’ordre neurologiques, sociaux et cognitifs.

Maud Ankaoua rappelle régulièrement dans son ouvrage que deux sentiments dominent, que sont l’Amour et la Peur, et que les autres ne découlent que des deux premiers. Au terme de cette exploration des neurosciences, il apparaît, clairement, que l’autrice simplifie et détourne les découvertes scientifiques pour les adapter à ses propres croyances. Nous réalisons que cet appel à la science repose sur des informations souvent erronées ou simplifiées à l’extrême. Cependant, les neurosciences ne sont pas les seules à être malmenées par l’autrice. C’est aussi le cas de la physique quantique.

La physique quantique

Lorsque nous effectuons quelques recherches sur le New Age et sur les thérapies alternatives qui sont nées de ce courant, nous trouvons un dénominateur commun, à savoir que toutes ces idées et hypothèses seraient démontrées par la physique quantique. Il s’agit d’une erreur fréquente reprise dans Kilomètre Zéro :

« [La nouvelle science] était un champ d’énergie qui unifiait tout l’univers avec lequel nous étions en communions par nos pensées, nos émotions et l’ensemble de nos sentiments. »43

À nouveau, il nous faut nous pencher sur la définition de la physique quantique, nommée « la nouvelle science » par l’autrice. Il s’agit d’un terme un peu barbare pour désigner un champ de recherche scientifique qui s’intéresse à l’infiniment petit et seulement à l’infiniment petit. Le mot quantique provient du terme latin, quantum, qui désigne la plus petite mesure indivisible, que ce soit celle de l’énergie, de la quantité de mouvement ou de la masse. Par conséquent, est quantique toute chose extrêmement petite, indivisible et proche du zéro absolu qui correspond à −273,15 °C. Il est important de relever qu’à ce jour, ce modèle n’est pas compatible avec la physique classique. Nous ne pouvons, donc, pas appliquer les théories de la physique quantique à tout ce qui est plus grand qu’un atome.

Dans ce cas, nous pourrions nous poser la question à savoir : que vient faire la physique quantique dans des ouvrages de développement personnel et dans des livres ésotériques, ayant pour caractéristique de se consacrer à l’être humain ainsi qu’à ses pensées ?

Puisqu’elle est une science très difficilement compréhensible pour toute personne ne travaillant pas dans ce domaine de recherche, lorsque ces découvertes furent diffusées auprès du grand public, elles ont été interprétées, simplifiées parfois à l’extrême et sorties de leur contexte. De fait, la physique quantique s’est vu appliquée à l’être humain. Cependant, il y a un hic, puisque l’humain n’est pas infiniment petit, ni indivisible, ni proche du zéro absolu, conditions nécessaires à l’application de la physique quantique.

Par conséquent, la physique quantique ne nous dit pas que nous sommes en communions avec l’univers par nos pensées, nos émotions et nos sentiments, au contraire.

Pour mieux appréhender l’idée avancée par Maud Ankaoua, nous pouvons nous pencher sur une première citation :

« Lorsque nous séparons deux électrons entrelacés en les éloignant à des milliers de kilomètres, le fait d’agir sur l’un provoque la même réaction sur l’autre. […] C’est pourquoi toute action de notre part a une conséquence sur ce qui nous entoure et sur nous-mêmes. »44

La physique quantique a pour elle qu’elle est difficilement compréhensible pour notre cerveau ayant quelques difficultés à s’imaginer l’infiniment petit et son fonctionnement qui est à contre-courant de notre vie quotidienne. Cela a, parfois, pour conséquence que certaines personnes, et notamment le mouvement New Age, tente d’appliquer le modèle quantique à la physique classique, comme le fait Maud Ankaoua dans cette citation.

L’autrice fait, alors, référence à un principe portant le nom d’intrication quantique, théorisé par Schrödinger, en 1935. Beaucoup discutée durant cette même année, notamment, par trois chercheurs que sont Albert Einstein, Boris Podolsky et Nathan Rosen, cette donnée a mené à un paradoxe, nommé EPR en hommage à ces trois scientifiques. Le paradoxe EPR remettait en question les implications de l’intrication quantique, en mettant en lumière un problème fondamental de localité et de causalité :

« Soit une influence se déplace plus vite que la lumière (non-causalité), soit la physique quantique est incomplète. »45

Einstein, Podolsky et Rosen

Néanmoins, la théorie de Schrödinger selon laquelle une action sur une particule avait une influence sur l’autre particule du même système ne fut validée par l’expérience qu’en 1982 avec les travaux d’Alain Aspect, physicien français de l’Institut d’Optique à Orsay, ayant reçu le prix Nobel de physique pour cette découverte en 2022.

Ce qui est, désormais, un phénomène reconnu ne dit pas qu’une action de notre part influencerait le monde qui nous entoure, et ce, parce qu’il ne s’applique pas à notre échelle. Malgré le souhait des croyants aux idées New Age, la physique quantique ne permet pas de les accréditer, et ce, même en utilisant de nombreuses théories quantiques, créant ainsi un mille-feuilles argumentatif46.

« Je ne pus m’empêcher de croire aux théories de la physique quantique qui démontraient que la pensée influençait le résultat. »47

Dans cette citation, Maud Ankaoua fait référence à une erreur couramment utilisée au sein du New Age et du développement personnel qui repose sur l’extrapolation de l’interprétation de Copenhague au sujet de l’effondrement de la fonction d’onde et de l’effet observateur.

La fonction d’onde, en mécanique quantique, désigne l’état complet d’une particule, possédant différentes caractéristiques qui se superposent et qui existent en même temps. Comme à l’heure actuelle, nous sommes limités dans la compréhension de ces dernières, les scientifiques réalisent des probabilités afin de connaître tous les paramètres d’une seule et même particule. Néanmoins, dans le cadre de l’expérimentation, lorsqu’un observateur mesure une particule, il ne peut en déterminer qu’une seule propriété à la fois, au détriment des autres. C’est ce que l’on nomme l’effondrement de la fonction d’onde.

Ce principe de physique quantique, ne valide en rien la loi de l’attraction, ni toutes les croyances relevant du New Age ou du développement personnel. Notre pensée ne permet pas d’attirer à nous ce que nous souhaitons voir advenir dans notre vie. De fait, il est important de ne pas confondre le discours scientifique et les interprétations qui déforment la science à des fins spirituelles, comme nous pouvons le constater ici.

… Et sur des pseudo-sciences

Nous l’avons remarqué dans la partie précédente, la physique quantique est régulièrement reprise par les auteurs d’ouvrages de développement personnel pour valider leurs croyances. Dans ce contexte, elle sert, également, de porte d’entrée dans l’univers des pseudo-sciences qui l’utilisent comme un argument d’autorité48, à savoir : « Notre théorie est validée par la physique quantique ». C’est ce que fit le « Dr » Masaru Emoto dont les travaux sont mentionnés dans Kilomètre Zéro.

Le « Dr » Masaru Emoto

« Le Dr Masaru Emoto a réussi à observer les réactions de l’eau en photographiant des cristaux gelés. Il a démontré ce que d’anciens peuples avançaient depuis des millénaires49 et que la physique quantique permet de valider aujourd’hui : la pensée a un pouvoir instantané de création. »50

Masaru Emoto était un auteur japonais, né en 1943 et décédé en 2014, ayant acheté un doctorat en « médecine alternative » auprès de l’Open International University for Alternative Medecine. Cette université spécialisée, alors, dans la vente de faux diplômes à des charlatans a fermé ses portes en 2019 et son site internet n’est plus actif depuis 2021.

Néanmoins, jouissant d’une certaine autorité avec ce diplôme, il mena quelques études qui devinrent rapidement populaires et qui le sont davantage depuis sa disparition. Il aurait démontré, en 1994, que la musique, la parole, et même la pensée pouvaient modifier les propriétés physiques de l’eau. Pour ce faire, il utilisait le « protocole » suivant : de l’eau était positionnée dans une bouteille sur laquelle était apposé un mot positif ou négatif. Après un temps de repos, le contenu des bouteilles était observé51. Selon cette « étude », les cristaux de l’eau positive ont une belle forme géométrique, contrairement aux cristaux de l’eau négative.

Ici, un exemple, réalisé par Masaru Emoto, lui-même. À gauche, un cristal ayant subi une influence négative et à droite un cristal ayant reçu une influence positive.

Crédit : Masaru Emoto

Après la diffusion de ces découvertes auprès du grand public, de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question et ont relevé diverses problématiques. En effet, ces recherches n’ont jamais fait l’objet d’articles publiés dans des revues à comité de lecture, publiant des articles scientifiques évalués par des relecteurs, appelés aussi pairs. De fait, le protocole utilisé, ne fut jamais décrit dans son intégralité, anéantissant, quasiment, la possibilité de reproduire dans un autre laboratoire ces expériences. Enfin, il a été admis que Masaru Emoto opérait un tri dans ces données, à savoir qu’il ne choisissait que les cristaux confirmant son hypothèse. C’est ce que l’on appelle le cherry picking, ou encore, en français, la cueillette de cerises52.

Néanmoins, en 2012, des étudiantes du cours de Richard Monvoisin, de l’Université de Grenoble, tentèrent de répliquer l’expérience. Cette dernière s’est soldée par un échec et conclut de la manière suivante :

« Cependant aucun signe ne nous indique l’existence d’une influence, car nos résultats montrent une réussite du flacon blanc et un résultat dans la norme pour le flacon amour. »53

Emmanuelle Baffert, Samantha El Hamaoui et Manon Frances

En opérant quelques menues recherches, nous constatons que l’argument d’autorité qu’est Masaru Emoto, mentionné par Maud Ankaoua dans Kilomètre Zéro, n’est pas valide et ne permet pas d’attester que notre pensée influerait sur certains éléments qui nous sont extérieurs. Par conséquent, ni la physique quantique, ni ces travaux ne valident les « supers pouvoirs » de notre pensée et rejettent la loi de l’attraction, reposant sur ce principe. Néanmoins, l’autrice complète son exposé avec d’autres pseudo-sciences, afin de lui donner plus de crédit.

La psychanalyse et la notion d’ego

À plusieurs reprises dans son ouvrage, l’autrice nous indique que si nous n’atteignons pas le bonheur et/ou notre potentiel illimité, qui est une croyance associée au New Age, c’est à cause de notre ego. Ainsi :

« Nous sommes contrôlés par l’ego. »54

L’ego signifiant « moi » ou « je », en latin, fait référence, dans cette citation, à un concept New Age qui tire ses origines au sein du mouvement psychanalytique, né au XXe siècle sous la plume de Sigmund Freud. Selon cette pseudo-thérapie, rejetée par le consensus scientifique55, notre personnalité serait divisée en trois parties : notre ça, notre surmoi et notre ego. Le rôle de ce dernier serait de réaliser une médiation entre notre ça, qui est le lieu de nos désirs, et notre surmoi et les impératifs que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours.
Le mouvement New Age se réapproprie ce concept et en fait un élément négatif de notre personnalité, celui qui nous empêche d’avancer :

« Dans ce mode [l’Amour], le contrôle est dirigé par le cœur qui dicte chacun de tes gestes, l’ego ne peut plus s’exprimer. En revanche, à chaque fois que tu laisses ton mental reprendre le pouvoir, il te plonge dans le passé ou le futur. Tu entres dans la zone de peur, le royaume de l’ego. Il invente des stratagèmes pour t’empêcher d’agir, terrifié par le changement. »56

Nous en comprenons que, pour le mouvement New Age, notre ego serait la bête noire de notre personnalité, celle qui nous empêche d’évoluer et qui ne nous permet pas de nous éveiller spirituellement. Ainsi, l’un des buts avoué du New Age est d’annihiler les croyances, les expériences, les vécus des personnes, constituant notre ego, afin que toutes leurs décisions ne reposent uniquement que sur leur intuition. Mettre de côté ces éléments constitutifs de la personnalité peut provoquer une rupture avec l’environnement d’origine, pouvant ébranler la psyché des croyants.

Le hic, c’est que l’ego tel que décrit par Maud Ankaoua, et de manière générale, par le mouvement New Age est rejeté par les données scientifiques. Il constitue, tout de même, un domaine de recherche en psychologie qui lui attribue une autre définition que celle que nous avons évoqué ci-dessus. Enfin, avant de conclure sur cette partie au sujet des pseudo-sciences utilisées par l’autrice pour légitimer son propos, nous devons faire un détour du côté de la phytothérapie.

La phytothérapie

Nous l’avons vu précédemment, Maud Ankaoua passe un temps considérable à nous expliquer que nous sommes seuls responsables de nos maladies ainsi que de nos guérisons. Elle ajoute à cela l’usage d’une pseudo-médecine, nommée la phytothérapie, pour appuyer la croyance selon laquelle, si nous ne trouvons pas la ressource en nous pour nous guérir, nous devons la trouver dans la nature.

« Cette femme maîtrisait les bienfaits des pousses montagnardes. Elle soignait par phytothérapie les habitants voisins. »57

Kilomètre Zéro fait référence à ce qui est aussi nommée la phytothérapie traditionnelle. Il s’agit d’une médecine non-conventionnelle, attribuant des vertus à certaines plantes, afin de guérir tous nos maux.
Bien entendu, un grand nombre de nos médicaments actuels sont issus de plantes, dont le principe actif, identifié et isolé en laboratoire, est utilisé afin de réaliser un médicament. Mais comme l’indique Valentin Ruggeri dans son article à ce sujet, publié dans la revue Science et pseudo-sciences de l’AFIS58 :

« Lorsque l’on parle de phytothérapie, on pense surtout à l’utilisation des plantes aux vertus médicinales réelles ou supposées, et non pas aux médicaments qui contiennent des molécules naturelles. »59

Valentin Ruggeri

Selon les principes de la phytothérapie, si certaines plantes sont utilisées dans le cadre de la réalisation de médicaments, c’est que nous pouvons les consommer à l’état naturel, sans la transformation en laboratoire qui, selon les tenants de cette croyance, serait nocive. Cependant, cette pratique peut représenter des risques, car d’autres substances ou éléments présents dans la plante peuvent avoir des effets indésirables sur la santé, à court, moyen ou long terme. Leur consommation peut représenter un risque d’interaction avec d’autres substances, comme par exemple un autre traitement médicamenteux. Mal identifiées par les phytothérapeutes, elles peuvent être confondues avec d’autres plantes pouvant conduire à une maladie grave ou à un décès des personnes les consommant. En effet, mieux vaut s’éloigner de la belladone, du colchique, du datura, de l’if commun ou encore du laurier rose. Néanmoins, la dangerosité qu’elles peuvent représenter suffit-elle à écarter la phytothérapie des pratiques thérapeutiques valides ?

À ce jour, les effets bénéfiques de la consommation de ces plantes, en dehors du cadre médical, n’ont pas pu être démontré lors de tests en double-aveugle. Cela signifie que durant une étude, des plantes médicinales ont été confiées à des patients, tandis que d’autres avaient un traitement conventionnel, sans que le personnel soignant ne sache quel était le groupé testé et quel était le groupe contrôle. Cette manière d’opérer lors d’études scientifiques a pour objectif d’écarter de nombreux biais, parmi lesquels se trouvent les effets contextuels, dont nous avons déjà parlé en première partie.
Alors que pouvons-nous conclure au sujet de la phytothérapie ? :

« En pratique, il faut se méfier de l’usage des plantes médicinales en tisane ou des huiles essentielles pour plusieurs raisons : absence de preuve d’efficacité, conditions de récolte, de stockage et de transformation, trop grande variabilité de la concentration des principes actifs, présence possible de composés toxiques et risques d’interactions avec d’autres médicaments, etc. »60

Valentin Ruggeri

L’utilisation de pseudo-sciences ou de véritables sciences mal comprises pour légitimer des croyances peut paraître anodine, d’autant plus dans un roman dont le but est de divertir. Néanmoins, depuis plusieurs années, les rapports de la Miviludes61 et de l’UNADFI62 alertent sur la possible descente dans une dérive sectaire par l’utilisation et/ou la pratique de pseudo-médecines. Les éléments que nous avons développés ne sont donc pas à prendre à la légère et peuvent représenter un risque pour notre santé et celle de nos proches.

Le récit d’une chute dans une dérive sectaire

Kilomètre Zéro, nous l’avons exploré précédemment, est un récit diffusant des croyances New Age ainsi que des pseudo-sciences ne reposant sur aucune donnée vérifiable et vérifiée par les sciences. Néanmoins, lorsque nous prenons un peu de recul, au moment de notre lecture ou lorsque nous l’étudions, nous nous rendons compte que ce récit est une douce et lente descente dans une dérive ou du moins dans un système de croyances.

Mais avant d’entrer dans le détail, il nous faut commencer par définir ce qu’est une dérive sectaire. Selon la Miviludes :

« Il s’agit d’un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre-arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société. »63

Miviludes

Nous allons, dans cette partie, nous pencher sur quelques critères qui permettent l’identification d’une dérive sectaire et que nous retrouvons dans cet ouvrage. Ainsi, dans un premier temps, ce qui peut étonner les lecteurs, ce sont les rapports qu’entretient Maëlle, notre personnage principal, avec Shanti son maître à penser dont elle dira :

« J’aimais ces moments d’échanges avec mon gourou. »64

Ce terme, d’origine sanskrite, est utilisé afin de désigner un maître spirituel. Aujourd’hui passé dans le langage courant, un amalgame s’est créée et il a tendance à décrire les personnes se trouvant à la tête de mouvements dits sectaires, comme par exemple : Raël et le mouvement raëlien, Ron Hubbard et la scientologie, etc.
Néanmoins, il a pour avantage, dans ce contexte, de décrire précisément le rôle Shanti, vis-à-vis de Maëlle. C’est lui qui, tout au long du récit, va introduire de nouvelles informations, de nouvelles croyances à notre héroïne, qui pourtant n’y croyait pas au départ. Cela a pour conséquence de lui changer intégralement la manière dont elle envisage le monde et son fonctionnement, constituant ainsi, une rupture avec l’environnement d’origine dont nous reparlerons.

Au départ : l’escalade d’engagement

L’intégralité de l’ouvrage repose sur une accumulation d’événements et d’éléments venant perturber la quête initiale du personnage principal. D’un roman d’aventures censé nous raconter la recherche d’un ouvrage contenant le secret de la guérison du cancer, nous arrivons à une épopée qui avait uniquement pour but de faire comprendre à Maëlle, le « véritable sens de la vie »65.

L’escalade d’engagement fait référence à un biais cognitif qui consiste à prendre des décisions dans le sens d’une première déjà réalisée afin de ne pas la contredire. Pour illustrer ce concept, si comme Maëlle, vous prenez la décision de partir au Népal pour récupérer un ouvrage et qu’une fois là-bas, on vous dit qu’il faudra aller le chercher à quelques jours de marche, il y a de grandes chances pour que vous acceptiez parce que vous y êtes déjà. En revanche, si dès le départ, on vous donnait tout le récit de ce qui pourrait vous arriver, il y a de fortes chances pour que vous décidiez de ne pas partir. Malheureusement, dans la vie de tous les jours, nous pouvons rarement avoir l’intégralité des événements qui nous attendent à la suite d’une prise de décision. Ainsi, nous nous retrouvons parfois à faire des choix sur la base d’une première décision prise, parce que faire demi-tour serait trop coûteux pour nous.

C’est de cette manière que certaines personnes se retrouvent au sein de dérives sectaires ou de groupes religieux. Souvent, la première étape consiste en des :

« Que risques-tu ? »66 ou encore « Tu ne risques rien à essayer. »67

Sans même que nous nous en rendions compte, tester une croyance, une thérapie alternative, une pseudo-science est le premier pas vers une croyance beaucoup plus ferme et, parfois, vers une dérive sectaire. Parce que nous avons effectué ce premier pas, nous poursuivons dans cette voie dans l’attente d’un résultat. Enfin, lorsque nous réalisons qu’il n’y a plus rien à en tirer, il est souvent trop tard et nous avons beaucoup investi, que ce soit en temps, en argent et/ou en relations humaines. Par conséquent, l’expression « tu ne risques rien à essayer » est mensongère dans ce cadre.

Le personnage de Maëlle illustre parfaitement cette donnée. Lorsque nous commençons notre lecture, nous avons affaire à une personne plutôt rationnelle, dans le sens où à plusieurs reprises elle va se dire que ça ressemble à une secte. Puis, tout au long de son épopée, nous constatons qu’elle adhère progressivement à des idées relatives au New Age, tout en les remettant de moins en moins en question. Parce qu’elle accepte une première croyance, elle adhère aux autres allant dans le même sens. Ainsi, Kilomètre Zéro illustre parfaitement le biais de l’escalade d’engagement, tout en montrant comment une personne peut progressivement se détacher de son environnement d’origine.

Suivie de la rupture avec l’environnement d’origine

Nous retrouvons à de nombreuses reprises de petites phrases, dans Kilomètre Zéro, qui témoignent de cette rupture avec l’environnement d’origine. Cet élément constitue l’un des critères d’identification d’une dérive sectaire, selon la Miviludes.
Il désigne le fait qu’au fur et à mesure de l’implication d’une personne au sein d’une croyance ou d’un mouvement, elle va peu à peu rompre les liens qu’elle avait avec le monde qu’elle côtoyait, avant qu’elle ne rencontre cette croyance, ce groupe ou ce gourou. Cela peut se traduire par une rupture avec la famille, les amis, le travail, la société dans laquelle elle vit, etc. Ainsi, nous retrouvons tout au long de notre lecture :

« [Tu dois] oublier tout ce que tu as appris. »68 ou encore « Tous mes repères éclataient. »69

Au fur et à mesure du récit, nous nous rendons compte que Maëlle change sa manière de percevoir le monde. Sans repères, elle doit, alors, se reposer uniquement sur les personnes qui l’entourent lors de son voyage et qu’elle ne connaissait pas à l’origine. Elle se créée ainsi un tout nouveau cercle social, y compris son couple, lors de cette épopée. Elle en vient à se couper de ce qu’elle a appris à l’école ou par l’éducation qui lui a été donnée par son entourage, de son environnement de travail n’ayant aucun regret sur le fait qu’elle n’avait pas prévu ces congés et qu’elle partait pour plus longtemps que prévu, mais aussi géographiquement puisque toute l’intrigue se déroule au Népal. Il s’agit de la raison pour laquelle nous retrouvons de nombreuses fois, dans Kilomètre Zéro, les expressions suivantes :

« Le processus de transformation. »70 ou encore « Reprogrammer sa pensée. »71

La rupture avec l’environnement d’origine n’est pas anodine dans les dérives sectaires. En effet, l’individu se retrouvant sans repères, devient plus fragile et de fait, totalement malléable, manipulable par les autres membres du groupe. Cela peut avoir des conséquences dramatiques sur la psyché des personnes, privées ainsi de réflexions, de leurs relations initiales et parfois même de leur argent. Ce type de discours doit constituer une alerte sérieuse vis-à-vis de la personne qui l’émet et qui utilise de nombreux outils afin d’extraire quelqu’un de son environnement d’origine.

Ajoutez-y un soupçon de complot

Un des éléments clé de la rupture avec l’environnement d’origine, c’est la diffusion de la méfiance envers les autorités et les institutions, constituant un autre critère établit par la Miviludes, à savoir : le discours antisocial. Cela se traduit, régulièrement, par des théories du complot, attaquant les institutions de la République, le système de santé et la recherche scientifique, qui ne reposent sur aucuns faits validés.

Dans un ouvrage, tel que Kilomètre Zéro, ayant pour toile de fond, le cancer de Romane, une amie proche du personnage principal, nous retrouvons des théories du complot liées à la médecine. Ce type de complotisme nomme notre système de santé ainsi que les laboratoires pharmaceutiques, produisant des médicaments, Big Pharma. Pour Maud Ankaoua, cela prend les formes suivantes :

« Les enjeux financiers étaient bien trop importants pour prendre le risque de voir baisser les ventes de médicaments. Révéler de telles pratiques de pensée préventive et curative remettrait en cause les équilibres juteux du secteur. »72

« J’ai lu tout récemment que le marché mondial pharmaceutique était évalué à plus de 850 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit quatre fois plus qu’il y a vingt ans. »73

Il est difficile de remonter le fil du temps et de trouver les origines de cette théorie du complot. Néanmoins, nous pouvons la définir et tenter d’expliquer les raisons pour lesquelles cette dernière est considérée comme étant une théorie du complot et non pas comme un véritable complot.

Big Pharma se caractérise par le rejet des institutions médicales et pharmaceutiques, en raison de la croyance selon laquelle elles « s’organiseraient entre elles et de façon consciente en dépit du bien commun, à des fins financières »74. Selon cette idée, les entreprises créant des médicaments afin de nous soigner, auraient, en réalité, pour finalité de nous rendre malades afin que nous consommions davantage de leurs produits, dans le but d’augmenter leur chiffre d’affaires.

Mais qu’en est-il réellement ?
Il est vrai que les industries pharmaceutiques ont un poids considérable dans le monde de la recherche en médecine. Ce sont elles qui, la plupart du temps, financent les recherches sur telle ou telle maladie et la plupart des chercheurs ont travaillé pour cette dernière. Cet élément peut être critiquable, tout comme certains scandales ayant ébranlé la médecine, tels que l’affaire du Médiator75. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle cherche à nous rendre malades pour son profit.
Prenons l’exemple des vaccins. Ils sont faits dans le but de nous prémunir de certaines maladies mortelles que nous pourrions contracter dans notre vie. Quelques doses, remboursées par la Sécurité Sociale en France, suffisent, alors, à nous protéger du tétanos, de la coqueluche, de la tuberculose, etc. Nous sommes, par conséquent, bien loin d’une industrie souhaitant nous rendre malades.

L’argument selon lequel nous devons être malades pour « rapporter de l’argent aux puissants » ne tient pas tellement la route dans le sens où, un individu en bonne santé est une personne qui travaillera plus longtemps pour la collectivité, achètera plus de produits pour sa vie quotidienne, etc. Nous rapportons ainsi, plus à la société en étant en bonne santé qu’en étant malade. D’autant plus qu’en France, notre système de santé prend en charge bon nombre de nos traitements. Malades, nous coûtons ainsi plus cher à notre système que ce que nous rapportons.

Nous constatons, de fait, que la théorie de Big Pharma ne tient pas la route et que nos institutions de santé et nos institutions politiques ne dissimulent pas à la population les recettes miracle de la guérison. En revanche, ses conséquences sur la santé des personnes y croyant sont réelles : non-vaccination, sortie du système de médecine conventionnelle, prise de risques pour la santé en choisissant d’autres « traitements » non reconnus par les sciences, etc. Néanmoins, pour appuyer la croyance selon laquelle les véritables traitements sont à trouver ailleurs, l’autrice utilise un autre biais, à savoir le biais du survivant.

Et de biais du survivant

Le biais du survivant fait partie du grand ensemble des biais cognitifs qui consistent en un raccourci de pensée pour notre cerveau permettant de réaliser une économie de temps, de réflexions. Il consiste en un tri des données, s’effectuant de manière quasi-automatique, en fonction du sujet abordé. Parfois, ce biais peut être problématique, par exemple, lorsqu’il s’agit d’une maladie grave. Nous avons, alors, tendance à nous reposer sur le témoignage de personnes ayant guéri grâce à telle ou telle thérapeutique, servant à légitimer ces dernières. Le problème de ce biais, c’est que nous ne pouvons récolter que le témoignage des vivants et pas celui de ceux qui nous ont quittés, et ce, peut-être à cause de ces mêmes thérapies. Ainsi, nous retrouvons dans Kilomètre Zéro, dès les premières pages :

« Je la vois toutes les semaines depuis 6 mois avec la même pugnacité et toujours un sourire aux lèvres. Par expérience, je sais que ce sont ces personnes-là qui s’en sortent le mieux »76.

Nous avons ici un argument qui ne repose que sur l’expérience de la personne en question et ici, il s’agit d’une infirmière, constituant un argument d’autorité77. Ce type de phrases est particulièrement douloureux pour les personnes qui nous ont quittés et leur entourage, car elles sous-entendent qu’eux n’étaient pas aussi combattants. Cet élément n’a absolument aucun lien avec la guérison ou non d’une personne. En effet, tout dépend de la maladie dont elle est atteinte et à quel stade cette personne se trouve. La guérison d’une personne dépend d’énormément de facteurs, d’un bon traitement, d’un bon suivi que ce soit de sa maladie, mais aussi de la manière dont elle la perçoit, d’un accompagnement psychologique, de la présence de l’entourage, etc. Résumer la rémission d’une personne au simple fait que cette dernière était plus combattante que les autres est, particulièrement, réducteur puisque cela ne s’applique pas à tout le monde ni à toutes les situations et surtout peut être profondément dangereux. En effet, si une personne malade se dit qu’elle a plus de chance de s’en sortir en étant positive, en étant pugnace, et en prenant la situation à la légère, elle peut mettre sa santé en danger. Notamment, si elle s’éloigne du système conventionnel de médecine, si elle ne prend pas ces traitements, etc. Par conséquent, nous ne pouvons nous reposer uniquement sur le témoignage de certaines personnes afin de valider ou non l’efficacité d’une thérapie. Pour cela, il nous faut des études scientifiques sérieuses et rigoureuses.

Ainsi, dans cette partie, nous sommes revenus plus en détail sur certains éléments, pouvant paraître anecdotiques lors de notre lecture, mais qui doivent susciter chez nous une certaine réserve, voire même une méfiance. En mettant bout à bout toutes les thématiques que nous avons abordées et qui sont présentées dans Kilomètre Zéro, nous pouvons arriver à l’idée selon laquelle, dans une certaine mesure, ce livre peut représenter un danger pour les individus.

La dangerosité d’un tel livre

En guise de conclusion, nous pouvons constater que ce livre, lu tel un roman par nombre de lecteurs et de lectrices, peut constituer une véritable mise en danger pour certaines personnes. Je m’explique. Lors de ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toutes ces personnes malades à qui des membres de leur entourage ont pu leur dire « Lis ce livre, tu vas voir, il va te faire du bien ». Néanmoins, et nous l’avons tout au long de cet article, ce livre dans une certaine mesure, peut représenter un risque pour les lecteurs et les lectrices.

Aujourd’hui, Kilomètre Zéro se vente d’être un ouvrage vendu à plus de 2 000 000 de lecteurs.
Parmi toutes ces personnes, imaginons que 1 % d’entre elles78 connaissent quelqu’un subissant une maladie grave ou qu’elles-même vivent cette maladie, soit 20 000 personnes. Imaginons à nouveau, que parmi celles-ci 1 %, décident de suivre les « recommandations » de Maud Ankaoua. Cela nous amène à un total de 200 personnes, potentiellement en danger ou en rupture avec un parcours en médecine conventionnelle. Pour un livre censé transporter son lecteur, censé être « feel good« , nous sommes bien loin du compte.

D’autant plus, que l’intégralité du récit repose sur la recherche d’un ouvrage caché au Népal, pour guérir le cancer de Romane, elle-même médecin ! Même si cette dernière reste dans un parcours de soin tout à fait classique, en suivant une chimiothérapie à Paris, et que la quête du livre n’était pas tant pour elle, mais pour le personnage principal, il n’en reste pas moins que l’argument d’autorité73 joue énormément auprès des lectrices et des lecteurs. « Si c’est un médecin, il faut donc suivre ce qu’elle dit » et ainsi adhérer à la loi de l’attraction, aux énergies vibratoires, aux chakras, à la pensée magique pour guérir de tous nos maux. Sauf que, et ce fut tout l’objet de cet article, ces éléments sont rejetés par les sciences de nos jours.
Nous trouvons, par ailleurs, un discours très contradictoire dans l’ouvrage dans le sens où le lecteur est prié de suivre les enseignements du livre pour guérir, en revanche, nos personnages bénéficient de soins tout à fait conventionnels au moindre petit bobo. Ce double discours est très important à relever, car il constitue aussi un élément que l’on retrouve dans les discours des pseudo-sciences et des dérives sectaires.

Nous pouvons, alors, terminer ce (trop) long article, par ces mots de Mary Carmichael et de Ben Radford, dans leur article intitulé Secrets and Lies :

« Si l’un de ces livres de développement personnel, écrit dans les années 1800 ou écrit aujourd’hui, contenait vraiment les secrets du succès et du bonheur, l’industrie du développement personnel serait en faillite. »79

Or, ce n’est pas le cas, loin de là. En effet, aujourd’hui, le développement personnel constitue un marché juteux pour les maisons d’édition et les auteurs en herbe. Nous pouvons le constater en un coup d’œil lors de nos déambulations dans nos rayons culturels favoris.

Nous pouvons voir cet élément, de primes abords, d’un œil amusé. Néanmoins, et comme nous l’avons constaté tout au long de cet article, ce type d’ouvrage peut constituer une véritable mise en danger des lecteurs et, notamment des lectrices, davantage visées par ce genre de littérature. Nous devons, alors, renforcer notre vigilance sur ce sujet et peut être moins considérer cet élément comme étant quelque chose de normal et de banal. C’est un vœu pieux, mais remplissons à nouveau les étagères de nos chers libraires par des romans qui nous transportent sans nous transmettre des croyances, des ouvrages de vulgarisation ou des ouvrages scientifiques afin que nous puissions mieux appréhender le monde qui nous entoure, des manuels pratiques pour monter en compétences sur certains sujets, et laissons les livres de développement personnel, d’ésotérisme aux boutiques consacrées à ces sujets.

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter les sources, les « Pour aller plus loin », ainsi que les notes de bas de page, dont certaines sont consultables en ligne. Si le sujet vous intéresse vraiment et que vous souhaitez, davantage, pousser la recherche, je vous invite à consulter les différents podcasts de MetadeChoc qui constituent une mine d’informations au sujet du New Age, ainsi que le podcast Torchon qui a dédié un épisode à ce livre.


Envie d’en parler ? Vous pouvez laisser un commentaire ou échanger dans la section « On papote ? »


Sources :

  • ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, 384 p.

Pour aller plus loin :

Notes :

  1. TedX est un concept créé par la fondation The Sapling Foundation, elle organise, aux Etats-Unis mais aussi en France, des conférences afin de mettre en avant « des idées qui méritent d’être diffusées ». Il est important de rappeler ici, que ces conférences ne constituent en rien un gage de qualité et de véracité. A titre d’exemple, Thierry Casasnovas, connu pour ces vidéos YouTube vantant les mérites du crudivorisme, suivi de près par la Miviludes pour risque de dérive sectaire, y a tenu une conférence en 2019. ↩︎
  2. La page Wikipédia de Maud Ankaoua (consulté le 6 janvier 2025), mentionne que c’est sa société qui fut liquidée, cependant, il n’en est rien. Elle était bien la directrice financière du groupe Exalead, mais pas sa gérante. ↩︎
  3. Le mot sherpa, désigne un groupe ethnique originaire du Tibet. ↩︎
  4. LINKEDIN, Maud Ankaoua. [En ligne] consulté le 17 février 2025. ↩︎
  5. WIKIPEDIA, Récit initiatique, consulté le 7 janvier 2025. [En ligne] <https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9cit_initiatique> ↩︎
  6. Torchon – podcast littéraire, #12 Kilomètre zéro – Maud Ankaoua, 14 février 2024, écouté le 21 février 2025 : #12 Kilomètre zéro – Maud Ankaoua ↩︎
  7. Ayant cet ouvrage à ma disposition, il n’est pas exclu qu’un article sorte à son sujet, un jour ;). Restez connecté, pensez à la newsletter ;). ↩︎
  8. BOUTHILLETTE, Karl-Stephan, Relire T. Lobsang Rampa, Analyse d’un mythe moderne, mémoire présenté à l’Université de Laval, Québec, 2011, 143 p. ↩︎
  9. BOUTHILLETTE, Karl-Stephan, Relire T. Lobsang Rampa, Analyse d’un mythe moderne, mémoire présenté à l’Université de Laval, Québec, 2011, 143 p. ↩︎
  10. Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous renvois à mon article sur L’Histoire de Rampa, dont l’introduction est consacrée à la Société Théosophique, en partie à l’origine du New ainsi que de bons nombres de croyances encore très présentes de nos jours. ↩︎
  11. Le mot channeling, canalisation en français, désigne le fait de communiquer avec les défunts, de manière générale, mais aussi avec des « entités » dans le cadre du New Age. ↩︎
  12. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.225 ↩︎
  13. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.226 ↩︎
  14. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.175 ↩︎
  15. La Nouvelle Pensée est un courant spirituel né au milieu du XIXe (19e) siècle aux Etats-Unis et existe toujours. Ce mouvement est à ne pas confondre avec le New Age. En effet, la Nouvelle Pensée repose davantage sur l’idée que toute guérison peut être entamée par le seul pouvoir de notre pensée et que ces maladies sont créées par des systèmes de croyances erronées. ↩︎
  16. Le magnétisme animal, ou mesmérisme, fut évoqué pour la première fois en 1773, par le médecin allemand Franz-Anton Mesmer (1734-1815). Il soutenait l’existence d’un fluide universel qui pouvait être utilisé dans le cadre de la guérison des maladies. Cette hypothèse fut fortement critiquée dès sa formulation par Mesmer. Elle est, aujourd’hui considérée comme étant une pseudo-science. ↩︎
  17. Déclaration de Phineas Quimby cité dans : WIKIPEDIA, Loi de l’attraction. [Consulté le 29/01/2025] <https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_l%27attraction_(Nouvelle_Pens%C3%A9e)#Critiques> ↩︎
  18. Rhonda Byrne est née le 12 1951 en Australie. Elle productrice et autrice pour la télévision australienne, raison pour laquelle elle a produit « Le Secret », dont le livre a été vendu à près de 4 000 000 d’exemplaires. ↩︎
  19. WIKIPEDIA, Prophétie autoréalisatrice, consulté le 30 janvier 2025. [En ligne] <https://fr.wikipedia.org/wiki/Proph%C3%A9tie_autor%C3%A9alisatrice> ↩︎
  20. MOUKHEIBER, Albert, Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveaux, Allary Editions, 2024, 286 p. ↩︎
  21. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.154 ↩︎
  22. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.124 ↩︎
  23. LAVRIC, Miran, Measuring new age ideas among Slovenian students, 2025. [En ligne] consulté le 12 février 2025 <https://www.academia.edu/952607/Measuring_new_age_ideas_among_Slovenian_students> ↩︎
  24. Elisabeth Feytit est la productrice des podcasts MetaDeChoc, disponibles sur toutes les plateformes d’écoute ainsi que sur son site Internet : <https://metadechoc.fr/> ↩︎
  25. Méta de Choc, Les énergies vibratoires — SCRIPT #1, 31 juillet 2020 : Les énergies vibratoires — SCRIPT #1 ↩︎
  26. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.175 ↩︎
  27. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.281 ↩︎
  28. RANDI, James, Encyclopedia Of Claims, Frauds, And Hoaxes of the Occult and Supernatural Decidedly Sceptical Definitions of Alternative Realities, St. Martin’s Press, 1995, 284 p. [En ligne] consulté le 3 septembre 2024 <https://archive.org/details/jamesrandiencyclopediaofclaimsfraudsandhoaxesoftheoccultandsupernaturaldecidedly/page/n329/mode/1up> ↩︎
  29. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.183 ↩︎
  30. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.192 ↩︎
  31. J’appelle ici, thérapie alternative, toute thérapeutique, pratique n’ayant pas fait preuve de son efficacité, en dehors des effets contextuels, lors d’un protocole scientifique rigoureux, en double aveugle. On y retrouve donc, toutes les thérapies dites énergétiques ou quantiques, la réflexologie, le reiki, la naturopathie, l’aromathérapie, la phytothérapie, l’homéopathie, l’ostéopathie, la gestalt thérapie, la numérologie, la cartomancie, la chiromancie, pour ne citer qu’elles. Ceci est une liste non exhaustive. ↩︎
  32. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.214 ↩︎
  33. Appelés aussi effet placebo, même si cette expression est de moins en moins utilisée par la communauté scientifique. L’Association Française pour l’Information Scientifique a consacré plusieurs articles à ce sujet. Il sont tous disponibles gratuitement, dans leur totalité, sur son site internet. AULAS, Jean-Jacques, L’effet placebo et ses paradoxes, 2004. [En ligne] consulté le 21 février 2025 <https://www.afis.org/L-effet-placebo-et-ses-paradoxes> et MORIS, Kévin, Du nouveau sur l’effet placebo ?. [En ligne] consulté le 21 février 2025 <https://www.afis.org/Du-nouveau-sur-l-effet-placebo> ↩︎
  34. AULAS, Jean-Jacques, L’effet placebo et ses paradoxes, Afis.org, 2004. [En ligne] consulté le 21 février 2025 <https://www.afis.org/L-effet-placebo-et-ses-paradoxes> ↩︎
  35. On appelle argument d’autorité le sophisme qui consiste à utiliser une personnalité pour légitimer un argument. Par exemple, dans ce livre Maud Ankaoua se sert de la physique quantique pour valider des croyances New Age : « La physique quantique nous dit que… ». Il s’agit ici d’un argument fallacieux puisque la mécanique quantique n’a jamais validé une quelconque croyances ésotériques. ↩︎
  36. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.230 ↩︎
  37. MOUKHEIBER, Albert, Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau, Allary Editions, 2024, p.23. ↩︎
  38. Roger Sperry est né en 1913 t est décédé en 1994, aux Etats-Unis. Il fut neuropsychologue et neurophysiologiste, reconnu notamment pour ses travaux sur les connexions entre les hémisphères cérébraux. Il obtint ainsi le prix Lasker en 1979 et fut colauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1981. ↩︎
  39. MOUKHEIBER, Albert, Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau, Allary Editions, 2024, p.24 et 25. ↩︎
  40. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.205 ↩︎
  41. MOUKHEIBER, Albert, Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveaux, Allary Editions, 2024, 286 p. ↩︎
  42. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.206 ↩︎
  43. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.209 ↩︎
  44. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.289 ↩︎
  45. Le Paradoxe EPR est développé dans son article Wikipédia dédié : Le Paradoxe EPR. [En ligne], consulté le 14 mars 2025 <https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_EPR> ↩︎
  46. Selon Wikipédia : « Mille-feuille argumentatif : couramment utilisé pour légitimer les théories du complot, il s’agit d’enchaîner un grand nombre d’arguments, même de faible valeur individuellement, mais qui donnent ensemble une impression de solidité et de massivité de la thèse soutenue. Ce sophisme est utilisé dans de nombreux ouvrages. En ce qui concerne les extraterrestres, cette technique rhétorique peut donner : « Et les crop circles ? Et les nombreux témoignages ? Et les statues d’astronefs précolombiennes ? Et la perfection des pyramides ? Vraiment, les extraterrestres nous rendent visite depuis longtemps » ». ↩︎
  47. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.356. ↩︎
  48. Selon Wikipédia : « Argument d’autorité : consiste à invoquer une autorité lors d’une argumentation, en accordant de la valeur à un propos en fonction de son origine plutôt que de son contenu ». ↩︎
  49. Nous remarquons ici un sophisme portant le nom d’appel à la tradition. Selon Wikipedia : « il s’agit d’un argument qui joue sur l’idée que l’ancienneté d’une théorie ou d’une assertion étaye sa véracité ». ↩︎
  50. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.211-212. L’autrice complète avec une note de bas de page : « Auteur japonais (1943-2014), titulaire d’un doctorat à l’université de Yokohama en médecine alternative, connu pour sa théorie sur les effets de la pensée et des émotions sur l’eau ». ↩︎
  51. MONVOISIN, Richard, Quantox, mésusages idéologiques de la mécanique quantique, Book-e-book, 2013, p.46. ↩︎
  52. Le cherry picking est un exemple de biais de confirmation. Il s’agit d’un procédé où l’on ne choisit que les données allant dans le sens de ce que l’on souhaite démontrer tout en passant sous silence ce qui montrerait l’inverse. ↩︎
  53. BAFFERT, EL HAMAOUI, FRANCES, Emmanuelle, Samantha et Manon (sous la direction de MONVOISIN Richard), MASARU EMOTO – LE MESSAGE DE L’EAU, 2012. [En ligne] consulté le 9 mars 2025 <https://cortecs.org/wp-content/uploads/2014/01/14_04_Baffert_Elhamaoui_Frances_Verluise_cristal_eau_Emoto.pdf> ↩︎
  54. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.187. ↩︎
  55. Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à consulter mon article s’appuyant sur l’ouvrage Cinq Leçons sur la Psychanalyse. ↩︎
  56. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.141. ↩︎
  57. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.70. ↩︎
  58. Science et pseudo-sciences est une revue de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique) qui est publiée tout les deux mois. ↩︎
  59. RUGGERI, Valentin, Phytothérapie : la santé par les plantes, Science et pseudo-sciences n°347, AFIS, 30 juin 2024. [En ligne] consulté le 10 mars 2025 <https://www.afis.org/Phytotherapie-la-sante-par-les-plantes> ↩︎
  60. RUGGERI, Valentin, Phytothérapie : la santé par les plantes, Science et pseudo-sciences n°347, AFIS, 30 juin 2024. [En ligne] consulté le 10 mars 2025 <https://www.afis.org/Phytotherapie-la-sante-par-les-plantes> ↩︎
  61. La MIVILUDES : Mission Interministérielle de VIgilance et de LUttes contre les DErives Sectaires est un organisme de l’Etat Français, dépendant du Ministère de l’Intérieur et qui fut créé en 2002. Il rédige régulièrement des rapports pour alerter sur les mouvements, les pratiques pouvant représenter un risque pour les individus. ↩︎
  62. L’UNADFI : Union Nationale des Associations de Défense des Famille et de l’Individu victime de secte est une association française, ayant des antennes locales un peu partout en France, créée en 1982. Composé en grande majorité de bénévoles vous pouvez les contacter pour toute demande d’information et d’aide pour vous sortir d’un mouvement sectaire ou pour aider l’un de vos proches. ↩︎
  63. Définition d’une dérive sectaire disponible sur le site internet de la Miviludes : <https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/quest-ce-quune-d%C3%A9rive-sectaire> ↩︎
  64. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.150. ↩︎
  65. Navrée pour ce spoil. ↩︎
  66. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.119 ↩︎
  67. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.244 ↩︎
  68. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.59. ↩︎
  69. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.150 ↩︎
  70. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.211 ↩︎
  71. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.223 ↩︎
  72. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.23 ↩︎
  73. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.24 ↩︎
  74. WIKIPEDIA, Théorie du complot de Big Pharma. [En ligne] consulté le 17 mars 2025 : <https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_complot_de_Big_Pharma> ↩︎
  75. Pour en savoir plus sur l’affaire du Médiator : ASSURANCE MALADIE AMELI, Affaire Médiator : condamnation des laboratoires Servier, 20 décembre 2023. [En ligne] consulté le 21 mars 2025 : <https://www.assurance-maladie.ameli.fr/presse/20231220cp-mediator> ↩︎
  76. ANKAOUA, Maud, Kilomètre zéro, J’ai Lu, 2019, p.18 ↩︎
  77. Selon Wikipédia : « Argument d’autorité : consiste à invoquer une autorité lors d’une argumentation, en accordant de la valeur à un propos en fonction de son origine plutôt que de son contenu ». ↩︎
  78. Par prudence nous prendrons le pourcentage le plus faible. ↩︎
  79. Traduction de l’anglais de l’article : CARMICHAEL, Mary, RADFORD, Ben, Secrets and Lies, 29 mars 2007, consulté le 29/01/2025. [En ligne] <https://skepticalinquirer.org/exclusive/secrets-and-lies/> ↩︎



2 réponses à « « Kilomètre Zéro » Maud Ankaoua »

  1. Kilomètre zéro rencontre un certain succès dans mon entourage et je flairais la pseudo science dans ce qu’on m’en racontais. Je voulais en savoir plus et votre article est exactement ce que je cherchais et confirme mes craintes sur cet ouvrage. Bravo pour cet article très fouillé et toute la somme de travail que ça représente !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ce retour qui me va droit au coeur 😊.

      J’aime

Laisser un commentaire

Très avide de lecture, j’ai lu et je lis un peu tout et n’importe quoi et je partage ici mes avis, critiques, recherches et debunks.

Recherche

POUR NE RIEN RATER, PENSEZ A LA NEWSLETTER :