« Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude » Matthieu Longobardi


La science détient-elle ou peut-elle détenir la Vérité ?

Matthieu Longobardi est professeur particulier, pour les étudiants en prépa, et est titulaire d’un master en « Histoire et Actualité de la Philosophie », obtenu à l’Université Paris Nanterre. Ayant un attrait pour les philosophes du XXe siècle que sont Karl Popper et John Dewey, il leur a consacré ses deux mémoires. Le premier a pour sujet les théories scientifiques développées par ces deux philosophes et le deuxième sur leurs théories politiques1.

Avec un parcours universitaire atypique, Matthieu Longobardi est, aujourd’hui titulaire de trois licences : en Économie Appliqué, en Lettre Moderne et enfin en Philosophie. Cette dernière, ainsi que ses deux masters, l’ont conduit à rédiger Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude, le livre qui nous intéresse aujourd’hui, constituant une sorte de compte-rendu de ses deux mémoires à destination du grand public.

Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude

Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude est un ouvrage, composé de 126 pages, rédigé par Matthieu Longobardi en 2024, et publié aux éditions ML Philosophie, appartenant à ce dernier.

L’auteur propose à son lecteur de mettre en parallèle deux textes, de deux philosophes contemporains que sont Karl Popper et John Dewey, au sujet de la Science et de sa prétention à décrire le réel. Le lecteur découvre, alors, dans un premier temps ce qui les oppose dans leur vision des choses puis, dans un second temps, ce qui les rapproche.
Avant d’aborder plus en détail le sujet du livre, il me semble important de présenter, ne serait-ce que brièvement, les deux philosophes en question.

Karl Popper

Karl Popper est né le 28 Juillet 1902 à Vienne, en Autriche2. Invité, en tant qu’élève à l’âge de 16 ans, à l’Université de Vienne, il y étudia les mathématiques, la physique, la philosophie, la psychologie ainsi que l’histoire de la musique. Son premier contact avec les sciences et, plus particulièrement, les sciences humaines et sociales eut lieu, dans les années 1920, au sein de la clinique psychanalytique pour enfants d’Alfred Adler. Gêné par la méthode ainsi que par les prétentions de la psychanalyse, il formula, dans The Logic of Scientific Discovery, ce que l’on nomme aujourd’hui le principe de falsifiabilité.

Selon ce principe, si le résultat d’une expérience est incompatible avec la théorie qu’elle doit démontrer, cette dernière devient fausse.

Cependant, en 1927, le physicien allemand Werner Heisenberg formule le principe d’incertitude, qui prit son nom. Cette notion de physique quantique (qui s’intéresse à l’infiniment petit) indique que lorsque nous observons la position d’une particule, nous n’obtenons aucune donnée sur sa quantité de mouvement et a contrario si nous observons la quantité de mouvement d’une particule, nous n’obtenons aucune information sur sa position. De fait, le principe d’incertitude d’Heisenberg affirme l’impossibilité d’une connaissance absolue, ce qui n’est pas pris en compte dans le principe de falsifiabilité de Popper. Il craint, alors que cette donnée rejette son idée, ne permettant plus ainsi de faire une distinction entre sciences et pseudo-sciences.

C’est ce point-là, que Matthieu Longobardi, évoque et questionne dans son ouvrage, car selon Karl Popper, la vérité semble donc inaccessible, dans le sens où l’on ne pourra jamais être certain de l’avoir atteinte. Karl Popper, s’est éteint le 17 Septembre 1994, à l’âge de 92 ans, à Londres, en Angleterre.

« Notre science n’est pas une connaissance : elle ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité, ni même l’un de ses substituts, telle la probabilité. »3

Karl Popper

John Dewey

John Dewey est né le 20 octobre 1859 à Burlington, aux Etats-Unis4. Intéressé par la philosophie politique et sociale, ainsi que par la philosophie mentale et morale, il rentre à l’Université du Vermet, d’où il sort diplômé en 1879. Il obtient un doctorat de philosophie à l’université Johns-Hopkins, en 1884 après la soutenance de sa thèse, intitulée The Psychology of Kant (La psychologie de Kant).
S’inscrivant dans le courant de pensée du pragmatisme, qui stipule que n’est vrai que ce qui fonctionne en réalité, John Dewey formula son principe de certitude.

Selon ce principe et son auteur, l’idéal de certitude est devenu nuisible parce qu’il est illusoire. Dans le sens où il serait impossible à la science d’atteindre la Vérité, elle ne fait seulement que s’en approcher. Là où Popper, rejette une théorie scientifique à partir du moment où une expérience la démontre fausse, pour Dewey, cette dernière doit, plutôt, être perfectionnée, complétée par les cas où il n’est pas possible de la mettre en application. Son principe n’est donc pas impacté par les découvertes liées à la physique quantique, contrairement à son contemporain.

Matthieu Longobardi, dans son ouvrage essaye de concilier ses deux idées, afin de s’approcher le plus possible d’un principe permettant à la science d’accéder à la Vérité. John Dewey est décédé le 1er juin 1952 à New York, aux Etats-Unis.

« Le problème de la connaissance, est un problème qui ne trouve jamais sa solution définitive. »5

John Dewey

Résumé

Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude est un ouvrage divisé en trois grandes parties.

Tel un commentaire de texte qui pourra rappeler à certain.e.s d’entre vous, vos cours de philosophie en classe de terminale, Matthieu Longobardi, propose dans une introduction claire et précise, des définitions des termes présents dans le titre de son ouvrage. Cette partie sert, également, à présenter les deux protagonistes du livre, que sont Karl Popper et John Dewey, ainsi que leur pensée autour de la Science et de sa capacité, sa volonté, à décrire le réel, le monde qui nous entoure de la manière la plus précise possible. Ainsi, il sépare la science de la croyance en expliquant la manière dont cette première est établie par la recherche. Néanmoins, il inclut un élément « perturbateur » aux idées de Karl Popper, sur sa manière de voir la science et comment une théorie est établie, à savoir la physique quantique et notamment le principe d’incertitude d’Heisenberg.

La première partie de l’ouvrage s’intéresse, plus particulièrement, à l’apparente opposition entre le principe de falsifiabilité de Karl Popper et l’incertitude. Pour faire simple, ce critère de scientificité établit la chose suivante : prenons par exemple l’idée que tous les cygnes sont blancs. Si nous n’observons que des cygnes blancs, la théorie est valide, mais si nous observons ne serait-ce qu’un seul cygne noir, la théorie doit être abandonnée. En somme, une théorie est donc vraie, jusqu’à preuve du contraire et l’idéal de vérité devient, de fait, quasi inaccessible. Pour John Dewey, en revanche, l’idéal de la Science d’obtenir la vérité est illusoire et est même nuisible à l’établissement de nouvelles théories. La physique quantique, et notamment le principe d’incertitude d’Heisenberg, donnera raison à John Dewey, car elle établit que nous ne pouvons obtenir toutes les informations au sujet d’une particule, en même temps. Popper décide, alors, de substituer à l’idéal de la certitude celui du progrès.

Enfin, dans une dernière partie, l’auteur se propose de formuler un nouveau principe réconciliant celui de Popper et de Dewey.

« Popper craint, lui, que si on ne peut rien connaître avec exactitude, on prend le risque de ne pas prendre en compte les expériences qui montreraient que la théorie est fausse. Par conséquent, nous ne pourrions plus faire de différences entre sciences et pseudo-sciences. »6

« Nous tenterons enfin, sur la base de ce travail, de cerner ce que la science nous dit de réel, et quelles peuvent être ses justes prétentions à dire le vrai. »7

Mon avis sur ce livre ?

La question à savoir si la Science détient la Vérité est, éminemment philosophique et est sujette à de profondes discussions. Dans cet ouvrage, Matthieu Longobardi, propose une réponse à cette interrogation complexe au travers des travaux de deux philosophes des sciences, à savoir Karl Popper et John Dewey.

Connaissant déjà le premier nommé de par son implication au sujet de la réfutation de la psychanalyse (qui est une pseudo-science, dont nous avons déjà parlé ici) et étant très intéressée par les sciences, l’histoire des sciences et la manière de faire de la science, je n’ai pas hésité à saisir l’opportunité, de lire ce livre. De deux idées qui ne semblent pas compatibles de prime abord : la falsifiabilité de Popper et l’abandon de l’idéal de certitude de Dewey, l’auteur arrive à formuler une conclusion, réconciliant les deux philosophes des sciences.

Le point de départ à tout cela ? L’auteur choisit l’angle de la physique quantique et plus particulièrement du principe d’incertitude d’Heisenberg. Cette dernière ne permet plus, selon l’auteur, d’utiliser uniquement le critère de falsifiabilité de Popper pour valider ou invalider une hypothèse scientifique. Là est tout l’intérêt de l’ouvrage car il ne se contente pas de synthétiser ces deux conceptions : il propose aussi un principe les conciliant.
Ainsi, amateur de philosophie, de physique quantique et d’histoire des sciences, ce livre est fait pour vous ! En revanche, si vous n’avez pas quelques notions dans ces domaines, je vous invite à consulter quelques ouvrages de vulgarisation avant, notamment en ce qui concerne la physique quantique. Auquel cas la lecture du livre de Matthieu Longobardi pourra vous paraître ardue, malgré la quantité de notes de bas de page, permettant au lecteur d’approfondir le sujet ou de mieux appréhender certaines notions.


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  1. Physique-prepa.fr, Qui suis-je ?. [En ligne], consulté le 4 mars 2025 <https://physique-prepa.fr/mon-parcours/> ↩︎
  2. Cette biographie repose en grande partie sur la page WIKIPEDIA, Karl Popper. [En ligne] consulté le 7 mars 2025 <https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper> ↩︎
  3. Karl Popper cité dans : LONGOBARDI, Matthieu, Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude, ML Philosophie, 2024, 126 p. ↩︎
  4. Cette biographie repose en grande partie sur la page WIKIPEDIA, John Dewey. [En ligne] consulté le 8 mars 2025 <https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Dewey> ↩︎
  5. John Dewey cité dans : LONGOBARDI, Matthieu, Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude, ML Philosophie, 2024, 126 p. ↩︎
  6. LONGOBARDI, Matthieu, Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude, ML Philosophie, 2024, 126 p. ↩︎
  7. LONGOBARDI, Matthieu, Science et Vérité. Karl Popper et John Dewey face à la question de la certitude, ML Philosophie, 2024, 126 p. ↩︎


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