Pouvons-nous envisager les miracles de manière rationnelle ?

Qui est Joe Nickell ?
Joe Nickell est né le 1er décembre 1944 aux États-Unis. A l’origine docteur en anglais sur les sujets de l’enquête littéraire et le folklore, il s’est ensuite orienté vers l’étude sceptique du paranormal. Travaillant en tant que consultant pour l’examen de document historique, il réalisa une de ces études la plus notables : la démystification du prétendu journal de Jack l’Éventreur.
Durant sa vie professionnelle, Joe Nickell a occupé différents emplois et activités : détective privé, journaliste, instructeur d’université, auteur et éditeur d’une quarantaine d’ouvrages sceptiques mais également d’articles dans la revue Skeptical Inquirer appartenant au Center For Inquiry dont il est membre.1
Looking for a miracle : weeping icons, relics, sitgmata, visions & healing cures
Looking for a miracle : weeping icons, relics, stigmata, visions & healing cures, qu’on pourrait traduire par : À la recherche d’un miracle : icônes en pleurs, reliques, stigmates, visions et guérisons par la foi, est le neuvième ouvrage écrit par Joe Nickell, en 1993 et revu en 1998. Édité chez Prometheus Books, une maison d’édition américaine, il n’est, par conséquent, pas traduit en français (comme tous ses autres ouvrages par ailleurs). En quelques 260 pages, agrémentées de quelques clichés, l’auteur se propose d’étudier les phénomènes présentés comme étant miraculeux par l’Église, qu’elle soit catholique ou orthodoxe.
Qu’est-ce qu’un miracle ?
On en a déjà parlé dans mon article consacré au sujet des icônes myroblytes2, mais reprenons ici quelques éléments de définitions afin de mieux comprendre ce sur quoi va se concentrer l’ouvrage de Joe Nickell :
Selon le Robert, un miracle est un « fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine« .
Cependant, la définition proposée par l’Église, dans son traité sur les miracles rédigé par le futur pape Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, en 1730 ; décrit davantage ce qui doit être considéré comme étant miraculeux.
« certaines guérisons non traditionnelles, ainsi que des phénomènes supplémentaires tels que les stigmates, la lévitation, les images merveilleuses du Christ et les apparitions de la Vierge Marie. »3
Qu’est-ce qu’une relique ?
Est considérée comme une relique, les restes physiques d’une personne vénérée. Il peut s’agir d’un os, de sang (comme le supposé sang de Saint Janvier, dont parle l’ouvrage), de cheveux, etc. Cette vénération de ces restes est commune à plusieurs religions.
Que sont les stigmates ?
Dans la religion catholique, les stigmates sont les blessures qui ont été infligées au Christ au moment de sa crucifixion : les blessures produites par la couronne d’épines sur la tête, les trous dans les paumes des mains et aux pieds, une blessure sur le flanc qui aurait été causée par le lancé d’une lance, les coups de fouet dans le dos, ainsi que des blessures sur les épaules à cause du portage de la croix.
Joe Nickell évoque ce sujet dans son ouvrage, car Jésus n’aurait pas été le seul à porter des stigmates. En effet, plusieurs personnes se sont réclamées de telles blessures : en premier lieu Saint François d’Assise, mais également Padre Pio.
Giotto, Saint François d’Assise recevant les stigmates, vers 1297-1299, conservé au Musée du Louvre.

Qu’est-ce qu’une vision ?
Ici, dans l’ouvrage de Joe Nickell, sont évoqués les visions prophétiques de certains croyants. Pour cela, il effectue un historique remontant aux oracles de Delphes, dans la Grèce antique, montrant ainsi d’où provient le terme « prophète », mais aussi que cette « compétence » n’est pas nouvelle car, on en trouve des traces dans les sources historiques, bien avant les Évangiles.
Qu’entend-t-on par « guérison par la foi » ?
Joe Nickell, après un bref historique sur ce sujet, définit les guérisons par la foi de la manière suivante, avant d’entamer l’explication rationnelle d’un certain nombre d’exemples bien connus :
« Croyance que la guérison des maladies et autres affections peuvent être obtenues par une intervention divine (invoquée par la prière, l’imposition des mains, ou autre) ».4
Résumé
Dans son ouvrage, Looking for a miracle, Joe Nickell propose de revenir sur plusieurs événements et objets considérés comme étant miraculeux dans les différentes branches de la religion chrétienne.
Ce texte est une compilation des conclusions que la sphère scientifique a pu tirer de l’étude rationnelle des phénomènes dits paranormaux. Ces derniers s’avèrent donc moins incroyables que la manière dont ils ont été présentés, depuis des décennies pour certains. Rangés par catégories, Joe Nickell revient de manière très succincte sur des événements ayant marqué la religion, en dehors des faits rapportés par la Bible, afin de permettre à tous de comprendre la méthode au-delà de lire le debunk d’un événement. Car là est le but de l’auteur. En effet, de primes abords, l’ouvrage peut sembler incomplet, n’allant pas dans tous les détails, mais il permet au lecteur d’identifier la méthode avec laquelle ses objets sont étudiés, afin que lui-même puisse tirer les conclusions les moins coûteuses sur ces événements ou d’autres que l’ouvrage n’a pas traité.
De manière générale, l’ouvrage et son auteur invitent à la plus grande prudence face à l’affirmation selon laquelle un phénomène serait miraculeux. Pour cela, il revient sur quelques cas extrêmes, mais qui arrivent encore de nos jours, de personnes tombant sous l’influence de gourous ou de dérives sectaires, persuadées qu’elles ont à faire à des personnes puissantes, dont les pouvoirs sont prouvés par l’apparition ou la production de miracles.
« Depuis plus de vingt ans, j’ai vu avec quelle facilité l’illusion peut passer par la réalité. »
Mon avis sur ce livre ?
Looking for a miracle est un ouvrage de débunkage très efficace et quasi-unique, à ma connaissance, de la religion ou du moins ce sur quoi elle repose en partie : les miracles et les prétentions extraordinaires. Il est donc, selon moi, à ne pas mettre entre toutes les mains, notamment celles des personnes croyantes, qui pourrait être particulièrement perturbées à sa lecture.
Puisqu’il est uniquement disponible en anglais et que peu de travaux français ont été mené sur ce sujet, l’ouvrage est peu accessible au grand public. Ce que je déplore un peu au vu de l’importance des sujets traités. Néanmoins, certaines facettes ont été reprises et étudiées, notamment par Henri Broch, que l’on peut retrouver dans ces ouvrages Au Coeur de l’Extra-ordinaire et Le Paranormal. Il me semble, alors pour un public francophone et peu habitué de ces sujets, qu’il est préférable de commencer par ces deux ouvrages avant d’approfondir avec, par exemple, les travaux de Joe Nickell.
Je conclurai en disant que découvrir ce qui a pu se passer réellement lors de la production de miracles est particulièrement perturbant, surtout lorsqu’on a été bercé par ces histoires depuis notre tendre enfance. Ce livre est à consulter, alors que si vous en avez vraiment envie et que vous cherchez à rationaliser ces événements ou prétentions paranormales qui ont bel et bien une explication plus simple et plus rationnelle.
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- NICKELL, Joe, Joe Nickell, 2018. [En ligne] consulté le 23 juin 2024 <http://www.joenickell.com/index.html> ↩︎
- Vous pouvez consulter cet article au lien suivant : https://eclairemoilectures.fr/?p=2923 ↩︎
- Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, cité dans NICKELL, Joe, Looking for a miracle, weepin icons, relics, stigmata, visions & healing cures, Prometheus Books, 1998. 253p. ↩︎
- NICKELL, Joe, Looking for a miracle : weeping icons, relics, sitgmata, visions & healing cures, 1993, Prometheus Books, Buffalo, 260 p. ↩︎


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